Deux ans après la mort du leader charismatique de la révolution cubaine, l’auteur revient sur son influence en Afrique, que ce soit à travers ses interventions militaires ou son message d’unité face à l’impérialisme et aux défis communs du continent.
Le 25 avril 1974, la Révolution des œillets mit un terme à la dictature salazariste et entraîna l’effondrement de l’empire portugais. Après des années de lutte acharnée, les colonies portugaises (Cap Vert, Sao Tome et Principe, la Guinée Bissau, le Mozambique, l’Angola) accédèrent enfin à l’indépendance. En vue de constituer l’armée du nouvel État angolais, Agostinho Neto, président du MPLA (mouvement de libération angolais), avait sollicité l’appui de Cuba, qui avait dépêché 480 instructeurs militaires sur place.
Dans le même temps, et dans le plus grand secret, les États-Unis s’allièrent à l’Afrique du Sud de l’apartheid et au régime corrompu et autocratique de Mobutu dans le but d’envahir l’Angola, avant la proclamation formelle de l’indépendance du pays prévue le 11 novembre 1975, afin d’y installer un régime favorable aux intérêts commerciaux et stratégiques américains. Mi-octobre 1975, des troupes de l’armée sud-africaine pénétrèrent en Angola par la frontière sud, tandis que l’armée de Mobutu, appuyée par des troupes de mercenaires, entra dans le pays par le Nord.
POUR LA PREMIÈRE FOIS, LE SANG DES CUBAINS SE MÊLA À CELUI DES ANGOLAIS POUR NOURRIR LA LIBERTÉ DE CETTE TERRE QUI AVAIT TANT SOUFFERT
Bien que sous-équipés, les instructeurs cubains prirent part à la défense de la souveraineté de l’Angola. Huit d’entre eux furent tués et sept blessés. Ainsi que le raconte Castro au journaliste Ignacio Ramonet, dans un livre d’entretien paru en 2006, « pour la première fois, dans cette région éloignée du continent africain, le sang des Cubains se mêla à celui des Angolais pour nourrir la liberté de cette terre qui avait tant souffert ».
Succès cubain en Angola
Après cette première confrontation, et avec l’accord d’Agostinho Neto, le leader cubain lança « l’Opération Carlota », du nom de « la plus juste, longue, massive campagne militaire internationaliste de l’histoire de notre pays », pour venir en aide à « nos instructeurs » et défendre le « sacrifice des soldats angolais », qui avaient mené « plus de 20 ans d’une lutte héroïque ».
L’opération Carlota fut un succès. Dès 1976, l’armée cubaine commença à se retirer de l’Angola. En 1977, Fidel Castro visita le pays. Mais en 1987, après une nouvelle tentative d’invasion par l’armée sud-africaine, toujours soutenue par les États-Unis, Cuba fut de nouveau appelé à l’aide et envoya 55 000 soldats. Ces derniers arrêtèrent l’avancée des envahisseurs sud-africains, notamment lors de l’emblématique bataille de Cuito Cuanavale (qui dura six mois et coûta au moins 10 000 vies cubaines).
L’Afrique du Sud fut contrainte de rejoindre la table des négociations. En contrepartie de son retrait de l’Angola, Cuba exigea et obtint l’indépendance de la Namibie (en mars 1990). Les derniers soldats cubains quittèrent l’Angola, qu’ils avaient définitivement libérée, en mai 1991, bouclant ainsi seize ans d’un compagnonnage sans pareil dans l’histoire récente des relations internationales.
Tentatives d’embrasement continental
La défaite infligée par Cuba au fascisme sud-africain précipita la fin de l’apartheid. Mais le rôle de Cuba en Afrique va au-delà du cas emblématique de l’Angola. Le pays a soutenu les efforts des combattants de la liberté au Zimbabwe. Sa solidarité s’est encore manifestée au Congo-Brazzaville en 1965, au bénéfice du gouvernement nationaliste d’Alphonse Massamba-Débat, au Congo-Kinshasa (via Che Guevara) en appui à la guérilla de Laurent-Désiré Kabila, et même en Algérie au début des années 60 aux côtés des combattants du FLN.
Fidel Castro est l’architecte de cette épopée incroyable, qui en a fait l’un des grands artisans de la libération du continent du joug colonial. Il est d’ailleurs regrettable que l’Afrique institutionnelle honore peu sa mémoire. Mais au-delà, il faut s’interroger sur l’héritage du leader cubain pour les jeunes réformateurs africains. La solidarité manifestée par Cuba à l’endroit de l’Afrique était extraordinaire, car elle émanait d’un pays géographiquement éloigné du continent et assiégé politiquement, économiquement et militairement par les États-Unis.
FIDEL CASTRO AVAIT BIEN COMPRIS QUE FACE À UN IMPÉRIALISME QUI NE CONNAISSAIT PAS DE FRONTIÈRES, LA RÉSISTANCE DEVAIT ÊTRE INTERNATIONALE
Certes, la révolution cubaine avait besoin d’alliés et de partenaires pour contrer l’isolement imposé par les États-Unis. Mais surtout, Fidel Castro avait bien compris que face à un impérialisme qui ne connaissait pas de frontières, la résistance, pour être efficace, devait être internationale. C’est une leçon utile aujourd’hui. Oui, l’Afrique est diverse. Mais les défis auxquels sont confrontés les réformateurs africains sont souvent identiques.
Ici et là, il est question d’en finir avec des gouvernements corrompus et antidémocratiques. Ici et là, les questions de tribalisme, d’inclusion des minorités, de renforcement des États, se posent. Ici et là, on cherche les moyens d’une plus grande souveraineté. Ici et là, on veut en finir avec une pauvreté abjecte. Pourtant les espaces de coopération sont peu nombreux, les échanges limités, les solidarités faibles. Il faut construire des réseaux de résistance, tisser des liens, soutenir les efforts les uns des autres.
L’un des aspects les plus remarquables du soutien cubain aux mouvements de libération africain était son désintéressement. Cuba n’avait aucune visée commerciale. Sa révolution avait une dimension morale. Pour Castro comme pour ses camarades, certains combats se justifient en eux-mêmes : quoi qu’il arrive, il faut les mener. En assumant une dose d’idéalisme…
La médiathèque de Castelnau-de-Montmiral propose samedi 1er décembre une soirée aux couleurs de l’Afrique. Des contes pour petits et grands, l’occasion d’un voyage au cœur de ce continent aux mille légendes. Deux comédiens et conteurs, Albertine et Olivier, qui viennent partager avec vous leur amour pour les belles histoires. Ils vous invitent pour une odyssée de quelques heures ; le temps de s’évader et survoler ensemble les plaines africaines.
Albertine Kam et Oliviero Vendraminetto se rencontrent en 2013 à Yeleen, le plus grand festival de contes d’Afrique de l’Ouest. Originaire du Burkina Faso, Albertine suivait une formation auprès du grand conteur Nigérien, Sani Bouda. Oliviero quant à lui était invité pour donner une formation sur l’art du conte. Il entretient des liens avec l’Afrique de l’ouest et ses conteurs traditionnels depuis plusieurs années déjà.
De cette rencontre éclôt une envie de travailler et créer ensemble, un mariage artistique entre deux univers culturels. Albertine et Oliviero réalisent la richesse de l’alliance de deux cultures si différentes. De là naît en 2018 le duo Nikoroba.
Cette rencontre à la médiathèque est organisée avec l’aide de l’association locale Contes, Vents et Marées. Son ambition est de défendre la transmission et la conservation du patrimoine immatériel, notamment par le biais du conte. C’est la première fois que l’association travaille en partenariat avec la médiathèque, et ce rendez-vous est l’amorce de la saison d’hiver. Saison pour laquelle Contes, Vents et Marées a beaucoup de projets, dont des soirées veillées contées dans le département. Affaire à suivre !
Les Contes d’Afriques de l’Ouest sont ouvert à tous publics, gratuits, et suivis d’un verre de l’amitié partagé avec les conteurs. Informations pratiques: Le 1erdécembre à 18h30 Rue du Commerce Médiathèque Charles Portal 81140 Castelnau-de-Montmiral. 0563338181
Africaines ou afrodescendantes, elles explorent le passé colonial, esclavagiste, le racisme, le féminisme… Portraits à l’occasion des débats du « Monde Afrique ».
Elles sont romancière, philosophe, artiste, féministe, chercheuse, militante, politologue, ou tout cela à la fois. Portraits de femmes, africaines ou afrodescendantes, qui vouent leur vie à décrypter le passé colonial, les traites négrières et la place des femmes dans cette mémoire douloureuse pour faire advenir un monde où les femmes noires auront toute leur place.
Chimamanda Ngozi Adichie, la conteuse
Chinua Achebe disait d’elle qu’elle a « le don des anciens conteurs ».Auteure de best-sellers (L’Hibiscus pourpre, L’Autre Moitié du soleil, Americanah) traduits dans trente langues, la Nigériane Chimamanda Ngozi Adichie est aussi bien reconnue de ses pairs, des critiques littéraires que des personnalités du monde politique ou du show-business. A seulement 41 ans, elle est considérée comme l’une des plus grandes plumes du continent, récompensée par de nombreux prix prestigieux. Elle profite d’une telle aura que ses propos sur le féminisme, le racisme, le sexisme, les migrations ou encore la situation post-coloniale sont largement repris et commentés.
Avec son franc-parler, Chimamanda Ngozi Adichie, qui partage sa vie entre les Etats-Unis et le Nigeria, où elle est née en 1977, refuse les étiquettes d’« écrivaine africaine », « afropolitaine ». Elle préfère se présenter comme une « féministe africaine heureuse qui ne déteste pas les hommes » (Nous sommes tous des féministes,Gallimard, 2015). Dans son œuvre, elle choie les détails et développe une analyse très fine qui déconstruit les stéréotypes accolés à l’Afrique et à ses habitants, aux Noirs, aux femmes, aux migrants et donne à voir, à rebours, les sociétés occidentales, comme les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne.
Elle rejette également la qualification d’« afroféministe », rétorquant que les Africains n’ont pas besoin de termes spécifiques pour se penser ou définir leurs actions. Mais contrairement à Awa Thiam qui, en 1978, dans La Parole aux négresses, interrogeait déjà l’universalisme du féminisme occidental, Chimamanda Ngozi Adichie ne contextualise guère sa pensée : les conditions économiques et historiques qui ont produit le patriarcat ou le racisme qu’elle dénonce sont peu analysées. Et elle évacue rapidement la dimension culturelle en affirmant que « la culture ne crée pas les gens. Les gens créent la culture ». Tout le contraire de l’approche de Françoise Vergès qui, dans l’aire francophone, revient sur les spécificités du féminisme des Africaines et des afrodescendantes.
Tanella Boni, la résistante
Tanella Boni, philosophe, romancière et poétesse ivoirienne, en 2012 au salon du livre de Genève. Ludovic Péron
« On résiste par les mots », affirme Tanella Boni, qui multiplie les actes de résistance. Philosophe, romancière – Prix Ahmadou Kourouma 2005 pour Matins de couvre-feu (Le Serpent à plumes) –, poétesse – médaille de bronze du prix Théophile-Gautier de l’Académie française 2018 pour Là où il fait si clair en moi (Bruno Doucey, 2017) –, auteure jeunesse, l’Ivoirienne de 64 ans invite à réenchanter un « monde qui se défait fil à fil ». Ses poèmes et ses travaux philosophiques interrogent la manière dont les femmes et les hommes peuvent l’habiter « en humains » et conserver, malgré la violence qui s’y déploie, leur dignité. Un thème qui, à l’instar de la question de la possibilité d’un monde pour tous, traverse l’œuvre multiforme de la vice-présidente de la Fédération internationale des sociétés de philosophie.
L’un de ses ouvrages principaux, Que vivent les femmes d’Afrique ?(éditions du Panama, 2008), questionne le concept de genre et la place des femmes d’Afrique dans la réflexion féministe, à la fois comme objet d’étude et comme auteures, et montre comment l’« insécurité féminine » peut être un levier d’action et de pensée pour des femmes qui multiplient les « stratégies de résistance et de révolte ». Pour l’enseignante de l’université Félix-Houphouët-Boigny, à Abidjan, les Africaines propagent de nouvelles « formes d’invention ou de réinvention de la manière de participer aux affaires publiques » (revue Diogène 2007/4, n° 220) et donc de concevoir la citoyenneté, notamment en investissant le religieux.
Tanella Boni questionne le politique à travers la place des exclus – les femmes, les migrants, les pauvres… – d’un monde qui « fabrique des zombies » (Diogène 2012/1, n° 237), ces « humains [qui] se transforment peu à peu en ombres flottantes, sans volonté, supportant des violences inouïes ». Avant de souligner leur capacité à réinventer le monde car ils sont « “in-tuables”, comme le suggère cet adage qui a cours dans les rues d’Abidjan : “Cabri mort n’a pas peur du couteau” ».
Ken Bugul, la résiliente
Mariètou Mbaye, romancière francophone sénégalaise, plus connue sous son nom de plume, Ken Bugul. Antoine Tempé
« Celle dont personne ne veut », ken bugul, en wolof. Le pseudonyme que s’est choisi Mariètou Mbaye sur les vives recommandations des Nouvelles Editions africaines lors de la parution de son premier roman, Le Baobab fou (1984), reflète une grande partie de sa vie. Née en 1947 d’un père âgé de 85 ans, elle a été délaissée par sa mère quand elle avait 5 ans, battue et internée à la demande de l’homme qu’elle aimait – un Parisien des beaux quartiers – lorsqu’elle vivait en France, puis rejetée par sa famille à son retour au Sénégal. Mais Mariètou Mbaye aurait aussi pu choisir un nom qui traduise l’incroyable force et l’insatiable désir de liberté qui l’ont toujours portée. Car, si sa vie a été faite de souffrance, elle révèle une résilience à toute épreuve et une indépendance chevillée au corps et à la plume.
Toute sa vie, elle s’est libérée de l’emprise des hommes et des catégories, africaines ou occidentales, du prêt-à-penser. Figure incontournable de la littérature en Afrique, Ken Bugul est l’auteure, entre autres, d’un triptyque autobiographique. Le Baobab fou, au parfum de scandale, évoque le destin d’une Africaine arrivée en Occident qui découvrira drogue et alcool, sexe et prostitution. Cendres et braises (L’Harmattan, 1994) dénonce les violences conjugales. Quant à Riwan ou le chemin de sable, Grand Prix littéraire d’Afrique noire 1999, il bouscule les idées sur la condition des femmes en Afrique. Ken Bugul y narre son retour au pays, le rejet des siens, et son mariage avec celui qui la sauvera, un serigne(guide spirituel) dont elle deviendra, à 32 ans, la vingt-huitième épouse et qui l’encouragera à écrire.
Bien avant qu’on ne parle d’« afroféminisme », les romans de Ken Bugul questionnent la condition féminine et l’importance de penser les identités comme des identités de relation, qui ne doivent pas se couper de leur source. Son œuvre est aussi une réflexion sur l’assimilation, l’acculturation et la nécessité de garder le lien avec ses racines afin de ne pas être une pâle copie des autres et de devenir « une personne quasi irréelle, absente de ses origines », car la modernité n’est pas là.
Nadia Yala Kisukidi, l’afrocentrée
Maîtresse de conférence à l’université Paris-VIII, Nadia Yala Kisukidi est, à 40 ans, l’une des très rares universitaires français à consacrer un séminaire à la philosophie africaine, ou plus largement à ce qu’on appelle la philosophie africana, qui intègre les réflexions et productions théoriques des diasporas (Caraïbes, Etats-Unis, Amérique du Sud, Europe…). Face à une absence quasi systématique de références non occidentales dans les travaux scientifiques et les enseignements universitaires, cette spécialiste de Bergson a organisé avec ses collègues Matthieu Renault, Farah Chérif Zahar, Guillaume Sibertin-Blanc et Orazio Irrera, un séminaire de recherche et pédagogique sur les « archives non européennes de la philosophie », questionnant la façon dont s’est construite cette discipline en France et le corpus sur lequel elle repose. Une manière de poursuivre le travail amorcé à la fin des années 1980 par V. Y. Mudimbe qui a pointé la prédominance d’une « bibliothèque coloniale » dès lors qu’il s’agit de penser « l’idée d’Afrique ».
Travaillant à la croisée de « la problématique noire telle qu’elle se pose en France et en Europe dans un contexte d’impensé colonial et racial » et de la question africaine, afin de compliquer la notion de diaspora, Nadia Yala Kisukidi, née d’une mère franco-italienne et d’un père congolais (RDC), se démarque des approches identitaires. Dans son ouvrage Espérance noire (Editions Amsterdam, à paraître en 2019), elle cherche, explique-t-elle au Monde, à « ressaisir la question noire dans un spectre de questionnements oniriques, non essentialistes et selon un mode symbolique » et s’interroge sur le « statut du nom “noir” » en sondantla fécondité politique et théorique de son usage. « Je me situe dans une aporie, détaille-t-elle, celle de la nécessité d’abandonner le mot “noir”, du fait de sa dimension essentialiste, et la nécessité de son maintien car, paradoxalement, c’est aussi un rempart contre la race ». Ce qui l’amène à relire Cheikh Anta Diop et à retravailler la notion d’afrocentricité.
Koyo Kouoh, la curatrice
Koyo Kouoh, commissaire d’exposition camerounaise, installée à Dakar. DR
L’objectif est clair : « penser un commissariat [d’exposition] décolonial » et « de manière plus poussée, [évoquer] le refus même de le penser dans un espace théorique qui a, avant tout été défini par l’Occident, ou réfléchir sur les conséquences de la dominance masculine et des transgressions misogynes existant dans un champ professionnel marqué, entre autres paradigmes, par les hiérarchies de genre et de race ». Pour la 6e session de la RAW Académie, intitulée « Cura » et qui aura lieu de mars à mai 2019, Koyo Kouoh propose d’envisager de nouvelles manières de donner à voir et à penser avec les artistes africains. Dans un contexte postcolonial où perdurent les tentations hégémoniques, il importe plus que jamais de ne pas oublier que concevoir une exposition est « une manière d’écrire et de ré-écrire des histoires, de lire le présent et d’imaginer tous les futurs possibles ».
A 51 ans, la Camerounaise est l’une des plus importantes curatrices africaines. Elle a notamment collaboré aux Documenta de 2007 et de 2012, à la Biennale de Dakar, aux Rencontres de Bamako. Son travail explore la matrice coloniale au-delà de la seule histoire européo-africaine (« Still (the) Barbarians », 2016), le rapport que les femmes africaines entretiennent à leur corps. Lequel peut être un outil politique, de domination ou de résistance, un lieu de crime lorsqu’il est violé, maltraité ou tué (« Body Talk », 2014). Les questions de genre, de féminisme, de sexualité sont auscultées, repensées.
Installée à Dakar depuis 1996 après une enfance passée au Cameroun et une adolescence en Suisse, Koyo Kouoh dirige la RAW Material Company (raw signifie « brut » en anglais et « pionnier » en wolof), qu’elle a conçue comme un centre d’exposition et d’expérimentation, une fabrique où l’on produit du savoir, et où alternent manifestations culturelles, résidences d’artistes, d’écrivains ou de commissaires d’exposition, conférences, débats où chacun est invité à réfléchir au-delà des disciplines. Une « manière d’être, de vivre et de penser avec et à travers l’art et les artistes ».
Seloua Luste Boulbina, la philosophe
A la lecture de L’Afrique et ses fantômes. Ecrire l’après (Présence africaine, 2015), on comprend à quel point, chez Seloua Luste Boulbina, vie personnelle et quête intellectuelle sont liées. Née en France d’une mère française et d’un père algérien, avant de grandir dans l’Algérie nouvellement indépendante, la philosophe, chercheuse associée au Laboratoire du changement social et politique de l’université Paris-Diderot, questionne l’après-colonisation et ses résidus – physiques, intellectuels, psychologiques… – des deux côtés de la Méditerranée. Et distingue le postimpérial du postcolonial.
Le premier concerne les anciennes métropoles et nécessite qu’elles sortent du colonialisme, autrement dit qu’elles se dépouillent de leur mentalité et de leurs réflexes de colon qui font qu’elles mettent, sur leur propre territoire, les afrodescendants en situation de minorité. Le second est l’affaire des ex-colonisés qui doivent surmonter le traumatisme du passé colonial, sortir de l’emprise et « restaurer les subjectivités niées ». Car, rappelle-t-elle, l’indépendance n’a été que l’événement du processus de décolonisation, lequel n’est toujours pas achevé et nous oblige, au Nord comme au Sud, à sonder nos géographies et cartographies mentales et intellectuelles. Dès lors, dit-elle dans Les Miroirs vagabonds ou la décolonisation des savoirs (Presses du réel, 160 pages, 15 euros), l’approche décoloniale devient un travail sur soi, une exigence épistémique et éthique.
Directrice de programme au Collège international de philosophie entre 2010 et 2016, Seloua Luste Boulbina est, selon le philosophe Achille Mbembe, l’auteure de « l’un des projets critiques sans doute les plus fertiles dans le paysage intellectuel français contemporain ». Passionnée de littérature et d’art contemporain, elle s’appuie sur ceux-ci pour étayer ses réflexions en ce qu’ils sont des lieux où les imaginaires se construisent et se déconstruisent et des laboratoires d’expérimentation de nouvelles rationalités.
Léonora Miano, l’inclassable
L’auteure camerounaise Léonora Miano, à Dakar 2016. ANTOINE TEMPE
Léonora Miano écrit constamment. Au point que, lorsque l’un de ses livres paraît, elle en a toujours d’autres, en stock, déjà achevés. Auteure d’une œuvre dense – récompensée entre autres par le Goncourt des lycéens 2006 pour Contours du jour qui vient (Plon) et par le prix Femina 2013 pour La Saison de l’ombre (Grasset) – qui emprunte les formes du roman, du théâtre ou de conférences, elle questionne sans relâche les sociétés du « Nord » ou celles du« Continent ». Leurs tabous et leur part d’ombre, les relations hommes-femmes et la manière dont ces sociétés construisent leurs liens à l’autre, fréquenté depuis cinq siècles, marqués par la barbarie de l’esclavage et de la colonisation.
Léonora Miano dérange. Elle ne plaît guère à ceux qui aimeraient croire que la France ait fait « œuvre de civilisation » en Afrique ou qui, plus nombreux, ne perçoivent pas leur propre racisme en l’accusant de communautarisme parce qu’elle écrit sur les siens, les Subsahariens ou les « Afropéens » – terme qu’elle a largement aidé à diffuser en France –, que la société française a vite fait de réduire à leur seule couleur de peau. Pourtant, la native de Douala (Cameroun), âgée de 45 ans et installée en France depuis l’âge de 19 ans, n’écrit pas sur les « Noirs », encore moins emploie-t-elle ce mot. Au contraire, elle déconstruit méticuleusement l’invention européenne de la race et montre comment, pour arriver à qualifier d’autres de « Noirs », il a fallu d’abord se considérer comme « Blanc ». Procédant ainsi, elle écrit, à rebours, sur l’Occident, et lui renvoie une image peu flatteuse.
Refusant toute assignation identitaire, Léonora Miano « habite la frontière » (Habiter la frontière, L’Arche, 2012), où « les mondes se touchent », se rencontrent. Celle qui conçoit la pratique littéraire comme « une philosophie de vie », un « moyen d’entrer en relation avec les autres » (L’Impératif transgressif, L’Arche, 2016), invite ceux qui ont été dépossédés d’eux-mêmes à tracer leur voie, à définir leurs propres finalités, loin des injonctions. C’est là l’art d’être indiscipliné et de conquérir sa liberté afin d’être soi. Un « impératif transgressif » universel.
Olivia Umurerwa Rutazibwa, la politologue
Vous êtes-vous déjà demandé à partir de quels présupposés l’on pouvait considérer qu’il était bon d’envoyer en Afrique de jeunes gens occidentaux, à peine la vingtaine, sans expérience, afin de dire aux populations locales – dont ils ne parlent pas la langue – ce qu’elles devaient faire pour se « développer » ? Selon la politologue belgo-rwandaise Olivia Umurerwa Rutazibwa, ce n’est là que l’une des expressions des relations racialisées qui perdurent entre le Nord et le Sud.
Enseignante-chercheuse à l’université de Portsmouth, au Royaume-Uni, Olivia Umurerwa Rutazibwa interroge les politiques internationales dans une perspective décoloniale, consistant à déconstruire les mythes vivaces concernant l’Afrique et l’Occident, à ne plus imposer le silence aux pensées du Sud et à opter pour des stratégies anticoloniales.
A travers ce triple impératif, elle questionne les politiques d’aide au développement. Et note que ces dernières rejouent l’idée d’une « mission civilisatrice » et perpétuent « un statu quo colonial »,reposant sur le mythe de nations supérieures auxquelles échoit un droit d’ingérence. Olivia Umurerwa Rutazibwa constate que ni les politiques ni les études sur l’aide et le développement ne s’interrogent sur l’origine des relations asymétriques entre nations et ne perçoivent en quoi la traite et la colonisation ont produit ce « besoin » d’aide. Une approche décoloniale démontrant que le projet de la Modernité est inséparable de celui de la colonialité et qui repositionne le débat. Il ne s’agit pas de « jeter le bébé avec l’eau du bain » et de renoncer à l’aide. Il faut au contraire en faire un outil anticolonial en la pensant non pas comme un acte généreux de nations riches, mais comme une façon de « réparer » l’histoire en « restituant ». En un mot, de rendre justice.
Autre manière de rendre justice : ne plus nier les épistémologies locales – ce qui amène, par exemple, l’enseignante-chercheuse à conceptualiser la notion rwandaise antécoloniale d’« agaciro » pour penser autonomie et estime de soi – afin de démultiplier les approches pour construire, selon l’utopie zapatiste, un monde dans lequel plusieurs mondes sont possibles. Un monde non pas universel mais pluriversel.
Maboula Soumahoro, la militante
En 2017, les colonnes des journaux français ont vu fleurir la notion de « charge mentale » pour désigner le fait que les femmes, outre leurs préoccupations professionnelles, doivent sans cesse penser en parfaites gestionnaires à la bonne organisation du foyer et de la famille. Le retour en force de cette notion, longtemps cantonnée à la sphère féministe, a permis à un large public de penser de nouveau les réalités du quotidien des Françaises. De toutes les Françaises ? Pas sûr.
Dans une tribune publiée dans Libération le 1er juin 2017, l’universitaire et militante Maboula Soumahoro a rappelé que si les Afropéennes et Africaines vivant dans l’Hexagone avaient certes le poids de cette charge mentale sur leurs épaules, elles devaient aussi porter celui de ce qu’elle a nommé la « charge raciale »
« La notion de charge raciale, écrit-elle, permet de faire toute la lumière sur le système qui impose au groupe dominé racialement de gérer et de rassurer le groupe dominant. C’est-à-dire qu’il revient aux dominés de ne pas faire état de leur subalternité afin de ne pas déranger les dominants. Et même lors des discussions autour de cette inégalité, le groupe dominant doit pouvoir garder son confort, son privilège, sa centralité. »
Maboula Soumahoro, qui est née en France en 1976 au sein d’une famille originaire de Côte d’Ivoire, rappelle combien les obstacles se dressent sur le chemin des femmes « racisées ». Maîtresse de conférences en civilisation du monde anglophone à l’université de Tours, enseignante à Sciences Po et à Bennington College, dans le Vermont, Maboula Soumahoro traque les traces de l’histoire de l’esclavage et de la colonisation dans la construction des identités collectives et individuelles, de la citoyenneté et du politique, dans une France qui oscille entre racisme et aveuglement. Elle est, en outre, à l’origine du Black History Month (« mois de l’histoire des Noirs ») en France, qui met en valeur les cultures issues de la diaspora africaine.
Françoise Vergès, la décolonisatrice
La politologue et auteure Françoise Vergès, à Dakar en 2016. Antoine Tempé
La vie de Françoise Vergès est faite de mouvements et de géographies divers qui démultiplient son regard et l’amènent non pas à fragmenter les réalités et à les opposer, mais au contraire à les lier pour épaissir et complexifier les analyses historicistes. Née à Paris en 1952, elle a passé son enfance à La Réunion, son adolescence à Alger, puis a vécu en France, aux Etats-Unis, s’est déplacée en Union soviétique, au Salvador, au Chili pour soutenir les femmes face à la dictature, a enseigné à Londres, se rend régulièrement en Afrique pour ses activités de chercheuse. Politologue, titulaire de la chaire Global South(s) à la Fondation Maisons des sciences de l’homme, à Paris, Françoise Vergès est spécialiste des questions liées à la traite négrière – de 2009 à 2012, elle a présidé le Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage –, au genre ainsi que des études post- et décoloniales.
Privilégiant une approche intersectionnelle et liant le colonialisme et le racisme au capitalisme, Françoise Vergès appelle, dans Le Ventre des femmes (Albin Michel, 2017), à « dénationaliser le féminisme » français afin de prendre en compte les contre-récits et les « voix dissonantes ». Elle reproche aux féministes de l’Hexagone d’occulter la spécificité de la condition des Africaines et des afrodescendantes. Leur histoire, rappelle-t-elle, est celle de la traite négrière et de la colonisation, périodes pendant lesquelles elles ont été massivement violées et où on leur a arraché leurs enfants pour les donner aux maîtres des plantations. Celle de femmes qui, dans les années 1970, à La Réunion, ont été avortées et stérilisées, sans même en avoir été informées, sur incitation des autorités françaises.
Pour Françoise Vergès, l’histoire de ces femmes est révélatrice d’une « colonialité républicaine » qui a forgé la France actuelle. Une France qui refuse de voir à quel point elle a « racisé » une partie des siens, et continue de les minorer. Françoise Vergès est, par ailleurs, membre fondatrice du collectif Décoloniser les arts.
Malgré la forte croissance de l’e-commerce sur le continent africain, le développement de magasins physiques ne se dément pas.
A l’heure où Carrefour inaugurait jeudi dernier son troisième supermarché à Abidjan, au sein du centre Cosmos à Yopougon, la plus importante commune de la capitale ivoirienne, le cabinet Sagaci Research publiait la sixième édition de son rapport « Shopping Malls in Africa » sur l’équipement commercial en Afrique, hors Afrique du Sud. Et il confirme la croissance ininterrompue du nombre de centres commerciaux sur le continent.
Une quarantaine d’ouvertures par an
« La dynamique ne s’arrête pas. Nous recensons toujours quelque 200 projets nouveaux par an et une quarantaine d’ouvertures », commente pour les « Echos » son directeur général, Julien Garcier. Le nombre de centres commerciaux en Afrique a ainsi plus que doublé entre 2010 et 2018, de 225 à 579. Et les projets développés sont « de plus en plus sélectifs, mieux placés, mieux conçus, collant davantage à leur environnement », souligne le consultant.
En témoigne précisément le centre Cosmos, ouvert en fait depuis près d’un mois, dans le quartier le plus populaire d’Abidjan, qui ne compte pas moins de 1,2 million d’habitants. Développé par l’homme d’affaires ivoirien Cheick Sanankoua, cofondateur et dirigeant de la société HC Capital properties basée à Londres, il entend rivaliser avec les marchés traditionnels et faire accéder la classe moyenne la moins favorisée à une consommation aux meilleurs standards d’hygiène et de qualité.
Toucher la classe moyenne la moins favorisée
Pour la première fois, CFAO , qui développe l’enseigne Carrefour en Afrique de l’Ouest, y est locataire. « Après son centre commercial PlaYce à Marcory, puis celui à la Palmeraie, dans des quartiers où le revenu moyen est de 15 dollars par jour, à Yopougon où il est de 5 dollars, c’est moins risqué », souligne un bon connaisseur d’Abidjan. CFAO, qui a par ailleurs ouvert fin 2017 un premier supermarché à Douala au Cameroun, travaille à l’implantation de Carrefour au Sénégal au premier trimestre 2019.
A l’est du continent, l’enseigne française, développée par son franchisé de Dubaï Majid Al Futtaim (MAF), a notamment ouvert il y a deux ans dans le Hub Karen Mall, un grand centre commercial, de loisirs et de divertissements situé à Karen, une banlieue prospère de Nairobi. « Ce centre marche extrêmement bien avec des performances équivalentes à celles en Europe en termes de chiffre d’affaires au mètre carré », souligne Julien Garcier. Decathlon ne s’y est pas trompé, qui a ouvert la semaine dernière un magasin dans ce centre.
Temps libre et loisirs
Selon le recensement de Sagaci Research, le Kenya est le deuxième pays d’Afrique (hors Afrique du Sud) le plus équipé en centres commerciaux, au nombre de 66, après l’Egypte (106) et devant le Nigeria (53). Et ce tiercé de tête n’est pas près de changer puisque le rapport note qu’« il y a maintenant plus de projets de centres commerciaux (en construction et en planification) en Egypte (35), au Nigéria (25) et au Kenya (13) que dans le reste de l’Afrique réunie. »
Et tandis que l’e-commerce se développe à vitesse grand V, Jumia , le leader de l’Internet marchand en Afrique s’apprêtant à franchir le milliard d’euros de volume d’affaires en 2019, « les centres commerciaux s’efforcent de devenir des lieux où les consommateurs passent leur temps libre et s’adonnent à leurs loisirs, plutôt que de simplement faire leurs courses », souligne le rapport de Sagaci.
Cette année, plus de 7000 personnes ont été arrêtées dans le cadre de la lutte contre l’émigration clandestine, Barça ou Barsakh.
La révélation est faite par le ministre de l’Intérieur, Sidiki Kaba, à l’occasion de la visite diplomatique du ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande Marlaska.
«Nous avons des chiffres et, en 2023 bien évidemment, on peut dire que les chiffres sont beaucoup plus élevés. D’un seul coup, nous avons vu qu’il y a eu des départs massifs. Mais, nous avons constaté que le nombre d’arraisonnements de bateaux, de pirogues clandestines a augmenté. Plus de 7000 individus qui s’adonnent au trafic de migrants avec des pirogues clandestines ont été arrêtés cette année 2023. Ils sont traduits devant la Justice. Cela montre la détermination du Sénégal à lutter contre ce phénomène», renseigne-t-il.
Les deux autorités se disent prêtes à relever les défis de l’émigration irrégulière. Pour ce faire, l’Espagne et le Sénégal peaufinent une stratégie de lutte contre le trafic de migrants. Dans les locaux du ministère de l’Intérieur du Sénégal, Fernando Grande Marlaska, hôte de Sidiki Kaba, a envoyé un message fort aux passeurs de migrants et autres trafiquants.
«La Marine, la Gendarmerie et la Police espagnoles travail- lent ensemble sur la question principale de l’émigration irrégulière. Nous travaillons pour démanteler le réseau de la migration irrégulière. Nous travaillons aussi pour la coopération transversale entre le Sénégal et l’Espagne», prévient Fernando Grande Marlaska.
Abondant dans le même sens que sou hôte, le ministre sénégalais de l’Intérieur, Sidiki Kaba, informe que l’Armée sénégalaise se donnera tous les moyens possibles pour lutter contre l’émigration irrégulière.
Les jours et les mois passent, mais les flux migratoires maritimes persistent, allant des côtes sénégalaises à celles de l’Espagne.
Ce vendredi 27 octobre 2023, trois nouvelles embarcations parties du Sénégal ont débarqué à El Hierro et Tenerife, transportant respectivement 223, 243 et 81 personnes à leur bord. Parmi elles, 29 sont des enfants, rapporte Pressafrik.
PARIS (Reuters) – Carrefour va vendre en ligne ses produits de marque propre dans quatre pays d’Afrique après la signature d’un partenariat entre ses franchisés et la plate-forme Jumia, un leader du e-commerce en Afrique.
CFAO Retail et Majid Al Futtaim (MAF), deux franchisés de Carrefour en Afrique et au Moyen Orient, ont annoncé lundi avoir conclu un accord avec Jumia pour vendre en ligne les produits de marque Carrefour au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Kenya.
Le distributeur français est présent en Afrique en franchise dans sept pays, avec des partenaires locaux et 227 magasins.
Implantée dans 14 pays, Jumia est la principale plate-forme de commerce en ligne en Afrique. Elle comprend une place de marché, un service de logistique et des services de paiement.
Majid Al Futtaim, franchisé historique de Carrefour, compte 250 magasins au Moyen-Orient et en Afrique, dont six au Kenya.
CFAO Retail, partenaire plus récent, compte trois magasins en Côte d’Ivoire, un au Cameroun et un prochain magasin au Sénégal dont l’ouverture est prévue au premier trimestre 2019.
Ferloo.com “Il y a un travail de coulisse qui se fait en coulisse avec Mamadou Mignane Diouf et Djiby Guèye. Ce qui est sûr et d’après mes informations, Lead Africa qui fait un travail colossal pour les citoyens sénégalais va rester au Sénégal”, a révélé l’Expert indépendant des Nations Unies, Alioune Tine sur les ondes de e-media.
“Mon problème c’est cet arrêté du ministre qui viole la constitution, qui viole les droits de l’Homme. Le ministre n’a pas à regarder le budget de Y en a marre. Trois cent cinquante millions ne sont rien par rapport à des milliards qu’on dépense à tort et à travers. Le problème de fonds au Sénégal, c’est l’argent public”.
A propos de la sortie du président de la République contre le directeur exécutif d’Amnesty- Sénégal, Alioune Tine blanchit Seydi Gassame. “Seydi Gassama ne fait pas de la politique, s’il la fait, il est révoqué dans les minutes qui suivent car les Organisations non gouvernementales font des investigations sur les activités de leurs agents”, laisse-t-il entendre.
Il demande dans la foulée au président de la République et au ministre de l’Intérieur d’abroger ces arrêtés pour mettre en place le Comité sénégalais des droits de l’Homme, car, constate-t-il. “le Sénégal n’a pas d’institution nationale reconnue en la matière sur le plan national et sur le plan international.
Selon Alioune Tine, le Sénégal est un pays démocratique où la liberté est respectée mais s’empresse-t-il d’ajouter : “au Sénégal, comme en Afrique, les véritables problèmes se trouvent dans le champ politique”.
Pour l’Expert des Nations Unies, il convient passer au scanner toutes les questions de démocratie pour arriver à une démocratie digne de ce nom et qu’on cesse de nous “autorouter” sur ces questions.
Alioune Tine prône, dans ce même registre, la construction de nouvelles prisons, que notre système prenne en charge la question de l’équité, l’égalité hommes-femmes…
Il exige également le dialogue sur des questions d’intérêts nationales. Pour ce faire le chef de l’Etat doit mettre des hommes et des femmes qui président ces structures de dialogue pour que prévale un consensus fort sur toutes les questions d’intérêts nationales.
Par ailleurs, Alioune Tine demande au Gouvernement du Sénégal de ne pas dramatiser les avis et recommandations des experts des Nations Unies sur les questions des droits de l’Homme. “Ils font des sorties périodiques mais qui peuvent être bénéfiques ou dangereuses pour un Etat membre de l’Onu. Le Sénégal doit respecter ses engagements internationaux.
“Depuis quelques temps on constate des défaillances en matière des droits de l’Homme et en matière de démocratie Il y a des déconstructions des institutions depuis la présidentielle de 2000”, a fait remarqué Alioune Tine avant d’estimer que “cette question de consolidation des acquis démocratiques doit être prise en compte dans les priorités nationales”…
Selon Alioune Tine, le Sénégal traverse une période fragile. “Les guides religieux doivent être un rempart pour qu’il ait de l’élection apaisée. Il faut qu’ils élèvent la voix pour parler à tous les acteurs afin de faire une élection transparente”, exige-t-il.
Le Forum Galien sur les enjeux sanitaires se déroule pour la première fois en Afrique, où l’espérance de vie a gagné plus de dix ans depuis 2000.
Près de onze ans de gain d’espérance de vie depuis le début du siècle. C’est le résultat, à peu près sans équivalent historique par son ampleur, obtenu par les Africains grâce à une amélioration substantielle de leur système de santé. Notamment dans la lutte contre le paludisme, le Sida et les maladies diarrhéiques chez l’enfant.
Une première pour l’Afrique
Mais les défis à relever demeurent à la taille de ce continent, dont la population va presque quadrupler, à 4,4 milliards d’habitants, d’ici la fin du siècle, selon les projections démographiques. Des défis au coeur du forum Galien, du nom de ce Romain de l’Antiquité considéré comme l’inventeur de la médecine moderne, qui se déroule mardi et mercredi pour la première fois en Afrique, à Dakar. Ce forum (lors duquel sera remis le prix éponyme et qui est un peu l’équivalent d’un Nobel dans la pharmacie et la thérapeutique), se concentrera, notamment, sur l’accès aux soins, le financement des systèmes de santé de pays pauvres et le management des maladies infectieuses.
Accès aux médicaments
L’accès aux médicaments s’avère indispensable dans la lutte contre la propagation des maladies infectieuses et profite donc à toute la population, soulignait Françoise Barré-Sinoussi, prix Nobel de médecine et co-présidente du programme scientifique du Forum Galien, qui était récemment à Paris lors de la présentation de l’événement. Mais l’Organisation mondiale de la santé estime qu’un tiers des Africains n’ont pas accès aux 433 médicaments et vaccins considérés comme essentiels, dont pourtant beaucoup sont des génériques dont le brevet a été amorti. Des multinationales ont même renoncé à certains de leurs brevets dans les pays les plus pauvres. Cet accès difficile tient surtout aux goulots d’étranglement dans la distribution.
Des forces de frappe face aux épidémies
Alors qu’elles ont nettement reculé ailleurs, les maladies infectieuses demeurent les principales causes de décès en Afrique subsaharienne, devant les accidents cardiovasculaires, les cancers, le paludisme et la tuberculose. Les pathologies dues à des micro-organismes (14 millions d’Africains sont sous traitement contre le Sida), constituent aussi la grande majorité des « maladies émergentes » en Afrique. L’épidémie récente d’Ebola a montré la nécessité d’un mécanisme d’intervention international. La Banque mondiale, avec l’appui de Berlin et Tokyo, a monté une force de réaction rapide expérimentale.
Le forum traitera aussi des maladies chroniques non transmissibles (maladies respiratoires et cardiovasculaires, cancer, diabète de type II), qui constituent une sorte de « sous-produit » du développement, c’est-à-dire de l’urbanisation, la sédentarisation et la détérioration des hygiènes de vie. Les priorités des systèmes de soins devraient être la prévention, le diagnostic précoce et les traitements ambulatoires (sans hospitalisation), note Awa Marie Coll Seck, ex-ministre de la santé du Sénégal.
La question clé du financement
L’argent constitue, comme ailleurs, le nerf de la guerre. Surtout sur un continent où la majorité de la population n’a pas les moyens de payer des soins de qualité. Le marché de la santé y est évalué à 35 milliards de dollars, dont la moitié est payée par les patients directement. Le forum abordera la question du rôle joué par les ONG, les fondations philanthropiques, les régimes privés d’assurance collective et les partenariats public-privé. Selon une étude du cabinet Deloitte, la santé bénéficie de seulement 0,3 % des dépenses d’infrastructures publiques, contre 16 % à l’énergie et aux transports. La densité de médecins demeure aussi faible ; un pour 5.000 habitants.
(CIO Mag) – C’est une information issue des archives de l’informaticien et analyste américain Edward Snowden. Plusieurs responsables africains dont des Chefs d’Etat, des personnalités politiques, des responsables militaires, des chefs rebelles d’une vingtaine de pays ont été espionnés par les services de renseignements britanniques entre 2008 et 2011.
Les écoutes faites grâce à des interceptions de conversation concernent l’Angolais José Eduardo Dos Santos, le Congolais Joseph Kabila, le Guinéen Moussa Dadis Camara, l’ancien ministre des affaires étrangères du Burkina Faso Djibril Bassolé et la liste est loin d’être close. Pour le moment, aucun officiel n’a encore réagi à ces graves révélations.
Mais La Tribune Afrique ne semble pas du tout surprise. Elle rappelle qu’il y a trois ans, Edward Snowden avait révélé que de grands dirigeants du monde comme l’Allemande Angela Merkel ont déjà été écoutés malgré la puissance de leurs services de contre-espionnage. Dans ce cas, estiment nos confrères, les Africains n’ont presque aucune chance d’échapper aux oreilles des Américains et des Britanniques.