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Les entreprises publiques chinoises et la mainmise sur les marchés en Afrique

Les entreprises publiques chinoises servent d’outils de puissance nationale — pour s’assurer l’accès aux ressources minérales, construire des corridors alternatifs vers l’économie chinoise et exercer une influence à long terme — ce qui a des implications profondes pour les intérêts des citoyens africains et le développement du continent.

Le port en eau profonde de Kribi, au Cameroun, construit par la China Harbor Engineering Company Ltd. (Photo : AFP/Xinhua/Kepseu)

Ni candidat fantôme, ni simple prétendant. L’ancien président sénégalais a franchi le pas ce lundi 2 mars 2026. Pendant que Dakar retient son souffle, les dossiers s’empilent officiellement dans les antichambres onusiennes.

InfraNews – C’est désormais officiel, sa candidature au poste de Secrétaire général des Nations unies ne relève plus de la spéculation. Le dossier a été déposé par le président en exercice de l’Union africaine, le Burundais Evariste Ndayishimiye- signal fort que le continent parle d’une seule voix sur ce dossier. L’étincelle est venue de Brazzaville. En marge d’une visite officielle du Président sénégalais Diomaye Faye au Congo début février, ses hôtes congolais ont pris position en faveur de Macky Sall, affirmant que sa candidature était de nature à emporter l’adhésion continentale. Une prise de position relayée par le journal Maroc Hebdo, et reçue à Dakar avec le mélange habituel de calcul et d’embarras.

A cela s’ajoute désormais le soutien public du Crans Montana Forum (CMF), organisation internationale non gouvernementale de premier plan favorisant la coopération internationale, la paix et le développement économique. Le CMF, dont le siège est à Genève, et qui appelle à « confier le Secrétariat général des Nations Unies à une personnalité exceptionnelle », organise chaque année des forums réunissant élus, diplomates et chefs d’entreprises. Son influence réelle dans les chancelleries reste toutefois débattue : certains observateurs le décrivent davantage comme une tribune de networking diplomatique de haut vol que comme un faiseur de roi onusien. Dans son appel de mi-février, le CMF présente Macky Sall comme « le candidat le plus expérimenté », saluant son parcours de chef d’Etat et sa maîtrise des équilibres géopolitiques. Le Forum va plus loin, ajoutant- détail instructif, qu’un Secrétaire Général de confession musulmane constituerait « de nos jours un atout » : une assertion qui mérite d’être lue pour ce qu’elle est, un argument de lobbying, et non comme un soutien institutionnel pesant.

LE PRÉCÉDENT AFRICAIN

L’argument du « profil d’ancien chef d’Etat » n’est pas anodin. L’Afrique a déjà occupé le fauteuil avec Koffi Annan, considéré comme le véritable candidat continental à l’époque. Avant lui, Boutros Boutros- Ghali avait réussi une synthèse diplomatique entre Afrique et Proche Orient, fort du soutien personnel du président français Jacques Chirac, dont l’engagement fut déterminant pour faire franchir le seuil du Conseil de sécurité à sa candidature.

A l’Union africaine, l’exemple d’Alpha Oumar Konaré, est souvent cité : ancien chef d’Etat du Mali, devenu plus tard, président de la Commission de l’Union africaine, il avait su s’imposer là où ses prédécesseurs étaient parfois réduits au rang de simples secrétaires, voire d’assistants-son galon présidentiel lui conférant une autorité morale que les chefs d’Etat en exercice ne pouvaient ignorer. Message subliminal : à New York comme à Addis- Abeba, le galon présidentiel pèse.

DIPLOMATIE EN RÉSEAU, ANGLAIS EN RÉSERVE

Bien réseauté, disposant de solides relais en Afrique, en Europe et dans le monde arabo-musulman, Macky Sall miserait davantage sur un lobbying ciblé plutôt que sur une campagne à ciel ouvert. Un proche du dossier résume : « Ici, ce n’est pas une campagne populaire. Il faut convaincre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité et quelques pivots sur chaque continent, » L’équation est connue : sans l’aval d’au moins un des P5 (Etats Unis, Russie, Chine, France, Royaume- Uni), pas de salut.

Un soutien du Président français serait-il envisageable? Les observateurs qui connaissent la relation entre les deux hommes sourient à la question. Macky Sall et Emmanuel Macron ne se sont jamais cachés d’une proximité qui dépasse le protocole : ils se tutoient, s’appellent par leurs prénoms. Dans les chancelleries, ce type de relation ne s’oublie pas au moment des grands arbitrages. Sans qu’aucune information officielle ne soit venue de l’Elysée, peu d’analystes parieraient contre un coup de pouce français le moment venu.

Reste un point sensible : sa maîtrise jugée imparfaite de l’anglais, langue de travail dominante à l’Organisation des Nations unies. Certains observateurs estiment que cela pourrait constituer un handicap dans un environnement où la diplomatie se joue aussi dans la nuance lexicale. D’autres relativisent : à New York, les équilibres géopolitiques pèsent souvent davantage que l’accent. Certains tempèrent néanmoins. À l’instar de ce diplomate africain en poste à New York, qui a requis l’anonymat : «Macky Sall est une figure respectée, mais le poste de Secrétaire général ne se gagne pas sur un bilan continental. Il faut être acceptable pour Washington, Pékin et Moscou simultanément- et c’est là que les profils francophones africains ont historiquement buté.» Une réserve qui rappelle que la diplomatie onusienne est moins une course de popularité qu’un jeu d’équilibre de vétos.

Les grandes entreprises publiques chinoises ne sont pas de simples sociétés, mais des prolongements de la puissance nationale de la Chine, qui possède le plus grand secteur d’entreprises publiques au monde. Alors qu’environ 363 000 entreprises sont entièrement détenues par l’État, 629 000 le sont à au moins 30 % et près de 867 000 le sont au moins en partie. Les gouvernements provinciaux et locaux en contrôlent 116 000 autres. Les entreprises publiques représentent environ 20 % du produit intérieur brut de la Chine.

Le gouvernement chinois détient des « golden shares », des actions dorées dans des entreprises technologiques cotées en bourse qui ne sont pas strictement publiques, comme Tencent, Baidu et Alibaba. Ces actions permettent au gouvernement chinois de bloquer certains types de décisions d’entreprise. Il exerce également une influence sur des entités entièrement détenues par leurs employés, comme Huawei, par le biais de réglementations, de subventions et de prêts garantis par l’État.

Parmi les entreprises publiques chinoises les plus connues figurent des géants tels que Sinopec — le plus grand raffineur de pétrole au monde — et la China North Industries Corporation (NORINCO), première entreprise chinoise de technologie et de fabrication dans le domaine de la défense. Ces entreprises publiques dominent des secteurs stratégiques et bénéficient d’un soutien prioritaire dans le cadre de la politique industrielle chinoise. Grâce à ce soutien, les grands conglomérats d’entreprises publiques chinoises mettent en place des chaînes d’approvisionnement mondiales, s’assurent l’accès à des minerais stratégiques (y compris les terres rares), bâtissent des infrastructures essentielles, construisent, financent et exploitent des ports, développent des pôles énergétiques et soutiennent les efforts militaires et diplomatiques chinois.

Les entreprises publiques chinoises exercent une influence considérable qui peut restreindre l’autonomie politique et les priorités des pays africains.

 

 

 

 

 

Les entreprises publiques chinoises agissent également en tant qu’intermédiaires en matière de crédit en injectant des fonds ou en bénéficiant elles-mêmes de prêts préférentiels accordés par des banques publiques chinoises telles que la Banque d’import-export de Chine (China Exim Bank). Depuis 2000, la Chine a prêté plus de 150 milliards de dollars à des emprunteurs africains, dont une partie a été acheminée par l’intermédiaire d’entreprises publiques.

Compte tenu de l’ampleur de leur implication dans le financement et la construction des infrastructures critiques de l’Afrique, les entreprises publiques chinoises exercent une influence considérable qui peut restreindre l’autonomie politique et les priorités des pays africains, en particulier dans les contextes où la volonté politique de protéger les intérêts publics africains et de faire respecter les lois, normes et réglementations locales fait défaut. De nombreux secteurs économiques africains, notamment l’exploitation minière, les chemins de fer et la production d’électricité, risquent d’être dominés par de grandes entreprises publiques chinoises.

Ces avantages permettent aux entreprises publiques chinoises d’évincer les entreprises africaines et les autres investisseurs, de créer une dépendance de la chaîne d’approvisionnement vis-à-vis des entreprises chinoises et de réduire le pouvoir de négociation des gouvernements hôtes. Cela est particulièrement pertinent dans le domaine des minéraux critiques, où les entreprises chinoises contrôlent les étapes intermédiaires et en aval de la transformation, du raffinage et de la fabrication, ne laissant que peu ou pas de valeur ajoutée au pays hôte, qui reste prisonnier de l’exportation de matières premières.

De même, les entreprises publiques chinoises mènent souvent des projets financés par de grandes banques publiques telles que la Banque chinoise de développement et la Banque chinoise d’import-export, ce qui comporte des risques d’accumulation de la dette souveraine, de nantissement des recettes liées aux exportations de ressources et de pression budgétaire en cas de sous-performance des projets.

De plus, les contrats des entreprises publiques chinoises sont souvent négociés de gouvernement à gouvernement. Cela peut réduire le contrôle parlementaire et public et masquer les conditions confidentielles des prêts, ce qui nuit à la transparence des coûts des projets et de leurs impacts environnementaux.La Zambie constitue un exemple édifiant. Sous le mandat du président Edgar Lungu (2015-2021), la Zambie a accru ses emprunts auprès de bailleurs chinois alors que les cours du cuivre s’effondraient, tout en restreignant la transparence des informations publiques. Lorsque sa dette envers les bailleurs chinois et autres avait atteint un point critique, le gouvernement a annoncé publiquement que sa dette envers les bailleurs de fonds chinois s’élevait à 3,4 milliards de dollars, alors qu’elle s’élevait en réalité à 6,6 milliards de dollars.

 

De nombreux projets sont considérés comme servant davantage les intérêts stratégiques de la Chine que les besoins de développement à long terme du pays hôte.

 

 

 

 

En résumé, il est essentiel de reconnaître le rôle central des entreprises publiques chinoises dans la politique chinoise en Afrique afin de garantir la protection des intérêts économiques, de développement et de propriété des Africains.

Comment le secteur des entreprises publiques chinoises s’est développé et s’est implanté à l’étranger

L’expansion des entreprises publiques chinoises en Afrique et dans d’autres régions du Sud a été motivée par la politique du gouvernement chinois, soulignant l’utilisation des entreprises publiques comme instruments de la puissance nationale. La stratégie chinoise « Go Out » (zouchuqu zhanlue, 走出去战略), mise en œuvre en 1999, a incité les entreprises publiques à se développer à l’étranger grâce à des subventions publiques massives (s’élevant à environ 200 milliards de dollars par an), des crédits d’impôt, une assurance contre les risques politiques et un soutien diplomatique. « L’ Initiative route et ceinture », connue internationalement sous le nom de « Belt and Road Initiative » (BRI) et parfois appelée « Nouvelle route de la soie », est un élément central de cette stratégie, qui s’articule en grande partie autour des principales entreprises publiques chinoises.

Des ouvriers chargent des camions destinés à l’exportation vers l’Afrique dans le port de Yantai, dans la province chinoise du Shandong. (Photo : AFP/CN-STR)

Le solide soutien du gouvernement chinois a permis aux entreprises publiques chinoises de se développer rapidement et d’opérer à faible coût pour prendre le contrôle de secteurs stratégiques tels que les minéraux, la banque, les transports et l’énergie, ce qui leur a permis de dominer leurs concurrents nationaux et internationaux. Les entreprises publiques mettent également en œuvre les directives du gouvernement et du Parti communiste chinois (PCC), y compris les objectifs de politique étrangère.

 

 

 

 

En tirant parti des finances publiques et du soutien politique pour exercer une influence à long terme, les entreprises publiques chinoises ont pu opérer dans des environnements à haut risque et difficiles sur le plan logistique en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Environ 10 000 entreprises chinoises opèrent en Afrique, représentant environ 12 % de la production industrielle totale du continent et près de 50 % du marché africain de la construction sous contrat international. Les entreprises publiques chinoises sont présentes dans 78 ports répartis dans 32 pays africains en tant que constructeurs, bailleurs de fonds ou exploitants. Sur les 166 projets miniers chinois dans le monde, 66 se situent en Afrique.

Cela a toutefois parfois conduit à des investissements économiques non viables qui font peser un lourd fardeau de la dette sur les pays africains.

L’aéroport international de Mamamah, en Sierra Leone, en est un exemple. Ce projet de 318 millions de dollars, financé par la China Exim Bank et confié à China Railway International Group par le gouvernement du président Ernest Bai Koroma, a été annulé en 2018 par le président Julius Maada Bio en raison des craintes d’alourdir la dette du pays et de la sous-utilisation de l’aéroport international de Lungi existant. La Sierra Leone a préféré rénover Lungi et construire un pont pour en améliorer l’accès.

Un autre exemple est celui de la ville nouvelle de Kilamba, en Angola, un projet de 3,5 milliards de dollars construit dans les années 2010 par la China International Trust and Investment Corporation (CITIC) dans le cadre d’un accord de financement controversé adossé aux ressources naturelles, qui permettait à l’Angola de rembourser ses emprunts chinois grâce à ses exportations de minerais. Les logements et les bureaux ainsi construits ont été largement sous-occupés et ont été largement qualifiés de « ville fantôme » en raison de leurs prix élevés. Le gouvernement angolais a par la suite subventionné les coûts de logement et proposé des prêts hypothécaires à long terme par l’intermédiaire de sa compagnie pétrolière nationale, Sonangol. Grâce à cet apport, la ville nouvelle de Kilamba a connu une augmentation de son taux d’occupation. Cependant, le projet fait l’objet de critiques persistantes pour avoir alourdi la dette de l’Angola, généré des retombées financières limitées et reposé fortement sur la main-d’œuvre chinoise plutôt que locale.

Comment les entreprises publiques chinoises sont structurées

L’orientation politique générale des entreprises publiques chinoises émane du « Petit groupe de direction » (LSG) au sein du PCC, présidé par le président Xi Jinping, ce qui souligne l’importance des entreprises publiques dans le système politique chinois. Le Petit groupe dirigeant et ses filiales constituent les centres névralgiques de la prise de décision du gouvernement chinois, chargés de la coordination des stratégies et des politiques au sein du parti, du gouvernement et de l’armée. Dans de nombreux cas, des comités du PCC sont intégrés aux conseils d’administration des entreprises publiques et occupent des postes de direction clés, renforçant ainsi le contrôle politique du parti parallèlement à la gouvernance d’entreprise.

Kilamba New City, construite par la China International Trust and Investment Corporation (CITIC), à 30 kilomètres de Luanda, en Angola. (Photo : AFP/Griffin Shea)

Les cadres supérieurs et les PDG des grandes entreprises publiques sont sélectionnés par les canaux du PCC et occupent des grades équivalents à ceux de ministres ou de gouverneurs de province, ce qui leur confère une proximité et un accès au parti au pouvoir leur permettant d’influencer les politiques, de faire avancer leurs propres agendas par le biais des structures du PCC, voire de passer outre les directives gouvernementales.

Bénéficiant du soutien des plus hautes instances du PCC, les dirigeants des entreprises publiques peuvent mener des négociations rapides, déployer rapidement des ressources dans l’intérêt du parti et mettre en œuvre des projets dans des pays considérés comme stratégiquement importants pour la Chine. Cependant, l’accent mis sur les considérations politiques et la tendance à s’attirer les faveurs des élites locales en soutenant leurs projets phares peuvent parfois nuire à la justification économique et à la rentabilité d’un projet, comme le montre l’exemple de la ville nouvelle de Kilamba en Angola.

Conséquences pour l’Afrique des investissements des entreprises publiques chinoises

La China Harbour and Engineering Company (CHEC) a remporté en 2021 le contrat pour la construction du terminal à conteneurs du port maritime d’Abu Qir en Égypte, face à d’autres entrepreneurs internationaux. Elle y est parvenue en associant le projet à la Zone de développement économique et technologique de Tianjin (TEDA), une autre entreprise publique chinoise qui a construit un parc industriel au sein de la zone économique du canal de Suez, un nœud clé de la BRI également financé et construit par des entreprises chinoises. Cependant, rien n’indique qu’il y ait eu un appel d’offres ouvert ou un examen parlementaire et public, ce qui signifie que le type, le montant et les conditions du prêt ne sont pas accessibles au public. Il est donc difficile d’évaluer les coûts et les avantages de l’accord pour l’Égypte ou de suivre les performances du projet.

Ce qui importait davantage, c’était le solide soutien politique de Pékin et la volonté du gouvernement égyptien d’étendre la zone économique du canal de Suez en tant que projet phare. L’Égypte a insisté sur l’utilisation de matériaux locaux, de main-d’œuvre égyptienne, le transfert de technologies en matière de construction portuaire, ainsi que l’intégration d’une formation et d’un enseignement militaires professionnels. Ce projet groupé comprenait également la rénovation d’un terminal de la base navale d’Abu Qir, située à proximité du port d’Abu Qir. La société Hutchison Ports, basée à Hong Kong, dispose d’une concession de 38 ans accordée par la marine égyptienne pour exploiter le terminal de cette base. Cela soutient les activités à double usage de la Chine en Égypte, comme le montre le rôle joué par ce terminal lors des exercices militaires conjoints « Eagles of Civilization 2025 » menés par la Chine et l’Égypte.

Des membres des armées égyptienne et chinoise

Si l’Égypte a atteint les objectifs visés par ce projet, ces accords ne peuvent être considérés comme avantageux pour toutes les parties, car les conditions du prêt et les clauses de résolution des conflits ne sont pas connues. On ignore donc le montant de la dette contractée par l’Égypte, les institutions financières impliquées dans le projet, ainsi que les implications en matière de contrôle de cette infrastructure stratégique si l’Égypte venait à ne pas être en mesure de rembourser le prêt.

La ligne ferroviaire à voie normale (SGR) Mombasa-Nairobi-Naivasha, financée et construite par la Chine pour un montant de 4 milliards de dollars au Kenya, est un autre exemple qui met en évidence les risques liés aux accords avec les entreprises publiques chinoises. La China Road and Bridge Corporation (CRBC) a obtenu ce contrat grâce à un accord direct entre gouvernements qui a contourné la procédure d’appel d’offres public requise par la législation kenyane en matière de marchés publics. Le gouvernement du président Uhuru Kenyatta (2013-2022) cherchait un projet phare pour renforcer sa popularité avant les élections générales de 2017.

Le gouvernement chinois, quant à lui, cherchait à construire une nouvelle artère de transport et de fret transfrontalière pour ses projets de la BRI en Afrique de l’Est, afin de compléter le SGR Addis-Abeba-Djibouti et les projets prévus en Tanzanie et en Ouganda. La Chine visait également à mettre en avant ses compétences en matière de construction ferroviaire pour remporter davantage de contrats en Afrique, tout en soutenant les priorités du gouvernement Kenyatta.

Quai du terminus de Nairobi de la ligne ferroviaire à voie normale construite par la China Road and Bridge Corporation (CRBC).

La CRBC a négocié le prêt grâce à ses relations privilégiées avec la China Exim Bank, ce qui lui a sans doute donné davantage d’influence sur l’orientation du projet que son partenaire kenyan. À titre d’exemple, le gouvernement kenyan a autorisé la CRBC à mener l’étude de faisabilité du projet, ce qui constituait un conflit d’intérêts manifeste. Ce projet – le plus coûteux du Kenya depuis l’indépendance – a également alourdi la dette du pays et suscité des inquiétudes quant à sa viabilité, le Kenya étant peu susceptible de rembourser le prêt en s’appuyant uniquement sur le trafic de passagers et de marchandises, même s’il mettait en place un système de transport obligatoire. Les médias ont également mis en évidence les prix gonflés des intrants, ce qui a donné lieu à des plaintes selon lesquelles le SGR, alimenté au diesel, était bien plus coûteux que les trains électriques de la Tanzanie et de l’Éthiopie.

 

 

À la suite d’années d’enquêtes médiatiques coordonnées et de procédures judiciaires menées par des groupes de la société civile, la Cour d’appel du Kenya a rendu en 2020 un arrêt historique déclarant que le projet avait fait l’objet d’une passation de marché illégale, car il ne reposait pas sur un appel d’offres équitable et ouvert. Suite à un recours formé par Kenya Railways, la Cour suprême a statué en 2023 que la passation de marché n’était pas illégale, car il s’agissait d’un accord intergouvernemental exempté des lois standard en matière de marchés publics.

Cela n’a toutefois pas empêché la société civile et les médias de mener d’autres enquêtes pour examiner l’impact négatif du projet sur la législation, les moyens de subsistance, l’environnement et la dette du Kenya.

Ces exemples soulignent à la fois l’attrait et les risques liés aux grands projets d’infrastructure menés par des entreprises publiques chinoises.

Points de vue africains divergents

Pour de nombreux gouvernements africains, les entreprises publiques chinoises sont attrayantes car elles offrent ce que de nombreux autres bailleurs internationaux ne proposent souvent pas : un financement rapide, des conditions de prêt flexibles et la capacité de réaliser rapidement de grands projets d’infrastructure. Leurs investissements dans les secteurs de l’énergie, des routes, des ports et des chemins de fer s’accompagnent souvent de programmes de formation pour les fonctionnaires et les ingénieurs, de bourses d’études, de la rénovation ou de la construction d’installations publiques, ainsi que d’un certain transfert de technologie, ce qui renforce la perception parmi les responsables que les entreprises publiques chinoises offrent une « solution complète », contrairement à leurs concurrents.

Les groupes de la société civile, les économistes indépendants et les organisations environnementales affirment que les projets financés par la Chine peuvent entraîner un lourd fardeau de la dette et une dépendance à long terme.

Les détracteurs, cependant, proposent une évaluation radicalement différente. Les groupes de la société civile, les économistes indépendants et les organisations environnementales affirment que les projets financés par la Chine peuvent entraîner un lourd fardeau de la dette et une dépendance à long terme. Ils soulignent l’opacité des contrats qui affaiblit la responsabilité, les chaînes d’approvisionnement dominées par des entreprises chinoises qui limitent la valeur ajoutée locale, ainsi que les dommages environnementaux et sociaux fréquents.

Dans cette optique, de nombreux projets sont considérés comme servant davantage les intérêts stratégiques de la Chine que les besoins de développement à long terme du pays hôte.

Partout en Afrique, les communautés, les avocats et les militants ont de plus en plus développé toute une gamme d’outils pour protéger l’intérêt public, notamment :

  • des campagnes de sensibilisation du public utilisant les réseaux sociaux pour dénoncer les expulsions, les accidents et la pollution,
  • des actions en justice stratégiques devant les tribunaux nationaux,
  • des actions parlementaires et des instances d’arbitrage international et
  • des partenariats de recherche qui produisent des rapports fondés sur des données factuelles.

Les militants ont également organisé des manifestations, des villes minières de Zambie aux villages côtiers du Kenya, tout en ouvrant de nouveaux canaux diplomatiques pour dialoguer directement avec les entreprises publiques chinoises. Il convient de noter que ces stratégies s’étendent désormais au dépôt de plaintes devant les tribunaux chinois, ce qui témoigne d’une sophistication et d’une diversification croissantes des efforts civiques.

Renforcer les intérêts publics de l’Afrique

Pour maximiser les avantages des partenariats externes avec les entreprises publiques chinoises tout en réduisant les risques, les gouvernements africains doivent se concentrer sur une gouvernance plus forte et une coordination stratégique. Cela commence par l’application de la transparence et d’une réglementation solide en matière de marchés publics, de normes environnementales et de protection du travail. Des initiatives impliquant l’ensemble de la société sont nécessaires pour adopter des lois et des politiques visant à améliorer la divulgation publique, les marchés publics concurrentiels, des cadres de gestion de la dette qui équilibrent les plafonds et les emprunts stratégiques, ainsi que la responsabilité. Les accords devraient inclure des clauses contraignantes sur le transfert de technologie et le contenu local afin de garantir que les compétences et la création de valeur restent sur le continent. La diversification des partenaires est tout aussi importante, afin qu’aucun acteur externe ne domine à lui seul les voies de développement des pays africains.

Des initiatives impliquant l’ensemble de la société sont nécessaires pour adopter des lois et des politiques visant à améliorer la transparence publique, les marchés publics concurrentiels et les cadres de gestion de la dette.

 

 

 

Ces efforts nécessitent des institutions de contrôle dotées de pouvoirs, notamment des bureaux de gestion de la dette, des agences environnementales et des organismes d’audit, afin de surveiller la conformité et de gérer les risques à long terme. Une planification inclusive est également essentielle : les communautés africaines concernées et les dirigeants locaux doivent être consultés dès le début du cycle du projet, et non après le début de la construction. Enfin, une meilleure coordination régionale peut renforcer le pouvoir de négociation, harmoniser les normes et améliorer les résultats en permettant aux pays de négocier avec la Chine et les acteurs chinois de manière collective plutôt qu’individuellement.

Par Paul Nantulya

MACKY SALL DANS LA SALLE D’ATTENTE DE L’ONU

Spectre

Ni candidat fantôme, ni simple prétendant. L’ancien président sénégalais a franchi le pas ce lundi 2 mars 2026. Pendant que Dakar retient son souffle, les dossiers s’empilent officiellement dans les antichambres onusiennes.

InfraNews – C’est désormais officiel, sa candidature au poste de Secrétaire général des Nations unies ne relève plus de la spéculation. Le dossier a été déposé par le président en exercice de l’Union africaine, le Burundais Evariste Ndayishimiye- signal fort que le continent parle d’une seule voix sur ce dossier. L’étincelle est venue de Brazzaville. En marge d’une visite officielle du Président sénégalais Diomaye Faye au Congo début février, ses hôtes congolais ont pris position en faveur de Macky Sall, affirmant que sa candidature était de nature à emporter l’adhésion continentale. Une prise de position relayée par le journal Maroc Hebdo, et reçue à Dakar avec le mélange habituel de calcul et d’embarras.

A cela s’ajoute désormais le soutien public du Crans Montana Forum (CMF), organisation internationale non gouvernementale de premier plan favorisant la coopération internationale, la paix et le développement économique. Le CMF, dont le siège est à Genève, et qui appelle à « confier le Secrétariat général des Nations Unies à une personnalité exceptionnelle », organise chaque année des forums réunissant élus, diplomates et chefs d’entreprises. Son influence réelle dans les chancelleries reste toutefois débattue : certains observateurs le décrivent davantage comme une tribune de networking diplomatique de haut vol que comme un faiseur de roi onusien. Dans son appel de mi-février, le CMF présente Macky Sall comme « le candidat le plus expérimenté », saluant son parcours de chef d’Etat et sa maîtrise des équilibres géopolitiques. Le Forum va plus loin, ajoutant- détail instructif, qu’un Secrétaire Général de confession musulmane constituerait « de nos jours un atout » : une assertion qui mérite d’être lue pour ce qu’elle est, un argument de lobbying, et non comme un soutien institutionnel pesant.

LE PRÉCÉDENT AFRICAIN

L’argument du « profil d’ancien chef d’Etat » n’est pas anodin. L’Afrique a déjà occupé le fauteuil avec Koffi Annan, considéré comme le véritable candidat continental à l’époque. Avant lui, Boutros Boutros- Ghali avait réussi une synthèse diplomatique entre Afrique et Proche Orient, fort du soutien personnel du président français Jacques Chirac, dont l’engagement fut déterminant pour faire franchir le seuil du Conseil de sécurité à sa candidature.

A l’Union africaine, l’exemple d’Alpha Oumar Konaré, est souvent cité : ancien chef d’Etat du Mali, devenu plus tard, président de la Commission de l’Union africaine, il avait su s’imposer là où ses prédécesseurs étaient parfois réduits au rang de simples secrétaires, voire d’assistants-son galon présidentiel lui conférant une autorité morale que les chefs d’Etat en exercice ne pouvaient ignorer. Message subliminal : à New York comme à Addis- Abeba, le galon présidentiel pèse.

DIPLOMATIE EN RÉSEAU, ANGLAIS EN RÉSERVE

Bien réseauté, disposant de solides relais en Afrique, en Europe et dans le monde arabo-musulman, Macky Sall miserait davantage sur un lobbying ciblé plutôt que sur une campagne à ciel ouvert. Un proche du dossier résume : « Ici, ce n’est pas une campagne populaire. Il faut convaincre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité et quelques pivots sur chaque continent, » L’équation est connue : sans l’aval d’au moins un des P5 (Etats Unis, Russie, Chine, France, Royaume- Uni), pas de salut.

Un soutien du Président français serait-il envisageable? Les observateurs qui connaissent la relation entre les deux hommes sourient à la question. Macky Sall et Emmanuel Macron ne se sont jamais cachés d’une proximité qui dépasse le protocole : ils se tutoient, s’appellent par leurs prénoms. Dans les chancelleries, ce type de relation ne s’oublie pas au moment des grands arbitrages. Sans qu’aucune information officielle ne soit venue de l’Elysée, peu d’analystes parieraient contre un coup de pouce français le moment venu.

Reste un point sensible : sa maîtrise jugée imparfaite de l’anglais, langue de travail dominante à l’Organisation des Nations unies. Certains observateurs estiment que cela pourrait constituer un handicap dans un environnement où la diplomatie se joue aussi dans la nuance lexicale. D’autres relativisent : à New York, les équilibres géopolitiques pèsent souvent davantage que l’accent. Certains tempèrent néanmoins. À l’instar de ce diplomate africain en poste à New York, qui a requis l’anonymat : «Macky Sall est une figure respectée, mais le poste de Secrétaire général ne se gagne pas sur un bilan continental. Il faut être acceptable pour Washington, Pékin et Moscou simultanément- et c’est là que les profils francophones africains ont historiquement buté.» Une réserve qui rappelle que la diplomatie onusienne est moins une course de popularité qu’un jeu d’équilibre de vétos.

DAKAR ENTRE PRUDENCE ET CALCUL

Il y a peu, la chaîne de télévision française France 24 notait encore que Macky Sall « laissait planer le suspense » sur ses ambitions internationales. L’heure n’est plus aux suppositions. Plusieurs médias africains, dont Senenews, Dakarmidi, Faso.net et bien d’autres, ont confirmé le dépôt officiel de sa candidature.

Le calendrier joue en faveur de l’agitation. Le mandat de l’actuel Secrétaire général António Guterres s’achève en décembre 2026. La procédure est rodée : le Conseil de sécurité recommande un candidat – à l’unanimité ou sans véto-avant que l’Assemblée générale ne l’entérine formellement. Par convention informelle, un roulement régional est observé, et l’Afrique subsaharienne n’a plus occupé le poste depuis la fin du second mandat de Kofi Annan en 2006. L’argument du « tour de l’Afrique » est dans toutes les bouches- mais il ne suffit pas à déverrouiller un véto.

L’ancien directeur exécutif d’ONUSIDA et par ailleurs ancien ministre malien de la santé, Michel Sidibé, figure respectée des couloirs onusiens, apporte lui aussi son crédit à la démarche. Il a récemment déclaré publiquement que Macky Sall concentre en lui les atouts nécessaires pour diriger l’organisation mondiale.

Si les autorités sénégalaises n’ont à ce jour formulé aucun endossement officiel-prudence stratégique oblige, soutenir un prédécesseur encore clivant sur la scène nationale n’étant pas un geste neutre- la démarche du président de l’Union africaine signe une forme de caution continentale qui dépasse les calculs politiques internes.

Après Kofi Annan, l’Afrique peut-elle replacer l’un des siens au sommet du multilatéralisme ? La réponse ne se jouera ni à Dakar ni à Genève, mais dans les salons feutrés du Conseil de sécurité.

Infranews Jos Blaise Mbanga Kack

THIERRY HOT : L’ARCHITECTE DE L’OMBRE PREND SES QUARTIERS À LA BAD

De Bush house à Abidjan, le Camerounais aux mille vies devient le bras droit du nouveau patron de la Banque africaine de développement. Portrait d’un homme de réseaux qui préfère les coulisses aux projecteurs.

Il y a des nominations qui ne surprennent personne- sauf ceux qui n’avaient pas suivi le dossier. Deux semaines après l’installation de Sidi Ould Tah  à la tête de la BAD, Thierry Hot débarque au bord de la lagune Ebrié avec le titre de conseiller exécutif et chef de cabinet de la présidence. Un atterrissage en douceur pour celui qui, selon les fins observateurs de la diplomatie africaine, fut l’un des artisans discrets mais décisifs de l’élection du Mauritanien.

Secret de Polichinelle, certes. Mais Hot, c’est précisément ça : l’homme qu’on ne voit pas, mais sans lequel rien ne se fait vraiment.

DE BUSH HOUSE À LA LAGUNE EBRIÉ

Le natif de Douala se rêvait en blouse blanche. La vie en a décidé autrement, et franchement, l’Afrique devrait s’en féliciter. Recruté par la puissante BBC World Service (British Broadcasting Corporation) en 2001 à Londres, il y forge son identité professionnelle avec ce timbre clair et ce ton mesuré qui font les grandes voix de Bush House. Il devient rapidement l’un des journalistes africains les plus côtés de sa génération, parcourant la planète au rythme des crises et des sommets, apprenant à parler aux puissants sans jamais perdre la hauteur de vue du reporter.

Une décennie d’antenne mondiale. Puis, cap à l’ouest- direction Bruxelles. Dans la capitale de l’Union européenne, Hot change de braquet sans changer de cap. Il prend les commandes de la rédaction d’Africa24 en 2009, et place le média fondé  par Constant Nemalé sur orbite. Interviewer hors pair, éditorialiste affûté,  il impose Africa24 dans le paysage audiovisuel continental. Puis il lève le pied de la pédale rédactionnelle pour appuyer sur celle de  l’entrepreneuriat.

En 2010, il fonde le groupe Samori Media Connection, incubateur sous lequel naît Notre Afrik, mensuel panafricain qui s’inscrit dans la longue tradition des plumes engagées pour le continent. Quatre ans plus tard, il lance le Rebranding Africa Forum-ce grand raout bruxellois annuel où se croisent chefs d’Etat, banquiers, investisseurs et jeunes créateurs dans un même élan de  reconstruction narrative de l’Afrique. Un forum devenu incontournable. Une marque personnelle autant qu’un service public informel.

L’HOMME AUX MILLE MANDATS

Thierry Hot, 52 ans, ne court pas après les titres. Ils semblent courir après lui. Conseiller spécial du Président burkinabè Roch Marc Kaboré de 2015 à 2021, vice-président des  relations institutionnelles de la holding américaine Lilium Capital en 2023, fondateur de Pivotal Africa Network en 2024…La liste ressemble à un inventaire de postes de combat sur plusieurs fronts simultanés.

Entre deux mandats, il a trouvé le temps de décrocher un MBA en management stratégique et en intelligence économique. Parce que Hot n’est pas du genre à s’asseoir sur ses acquis. Il apprend, il anticipe, il connecte.

Prix du meilleur entrepreneur camerounais de la diaspora lors de la deuxième édition de l’Economie Business Awards en 2023, et décoré au rang de  chevalier de l’Ordre du mérite  national de Mauritanie en juillet 2025 par le Président Mohamed Ould El- Ghazaouani, il collectionne les reconnaissances officielles avec la même discrétion qu’il met à les taire.

LE FIL INVISIBLE

Derrière le costume taillé avec soin,- latin dans le goût, anglo-saxon dans la rigueur-  se cache un credo que l’homme assume sans fausse modestie : «  Servir l’Afrique, bâtir l’avenir. » Ni slogan de campagne, ni formule creuse. Une boussole. Il le dit lui-même avec une franchise désarmante : «  Ce que je suis aujourd’hui, je le dois à la BBC, à la rigueur et à  la ponctualité que j’y ai apprises. »

Franc du collier, Hot ne mâche pas ses mots. Mais son efficacité réelle tient à  cette capacité rare : être partout sans se montrer nulle part. Il préfère les coulisses – là où se tissent les vrais deals, là où se forgent les destins durables.

Le défi désormais s’appelle BAD. Premier bailleur de fonds du continent africain, l’institution abidjanaise cherche un second souffle sous la conduite de Sidi Ould Tah. Avec Hot en éclaireur,  le tandem dispose d’un atout rare : une vision stratégique doublée d’un réseau  continental opérationnel.

Thierry Hot n’est pas qu’un homme de réseaux. Il est ce fil invisible qui relie capitales, institutions et ambitions. Celui que l’on appelle quand il faut transformer l’essai. Et ça, il sait faire.

Reste une question que les prochains mois se chargeront de trancher : dans une institution aussi politique que la BAD, l’homme de l’ombre saura-t-il cette fois, s’accommoder de la lumière ?

 Jos Blaise MBANGA KACK

Côte d’Ivoire : reprise des achats de cacao après la suppression des primes

 Depuis le début d’année, la filière cacao fait face à d’importantes difficultés au niveau du bassin ouest-africain. En Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, l’heure est cependant à l’accalmie.

En Côte d’Ivoire, l’horizon s’éclaircit pour le segment de commercialisation du cacao. Selon Bloomberg, dans une publication du 25 février, les négociants ont repris leurs achats de fèves stimulés par la baisse du coût de la matière première.

Si le calcul du prix final d’acquisition de l’or brun tenait jusqu’ici compte en plus du prix du marché, du différentiel d’origine, prime associée à la qualité du produit et du différentiel de revenu décent de 400 $ (344 €) par tonne instauré depuis 2020/2021 pour améliorer la condition des producteurs, ces deux derniers éléments ont été désormais supprimés par le Conseil du Café-Cacao (CCC) selon le média économique.

La décision vient mettre un terme au bras de fer en cours depuis plusieurs semaines entre le régulateur et les acheteurs qui mettaient en lumière le caractère coûteux des fèves ivoiriennes. Cet épisode vient rappeler en outre, une séquence similaire en 2020/2021 où la baisse de la demande de cacao liée à la mauvaise conjoncture économique avait conduit le régulateur à négocier des décotes sur la fève ivoirienne qui ont supprimé les gains du DRD.

Alors que cette démarche devrait relancer les ventes à terme pour la petite traite qui démarrera d’ici avril, les analystes estiment que les acheteurs pourraient encore bénéficier d’un coup de pouce avec d’ici la fin du mois une annonce d’un prix au producteur à la baisse pour ladite saison. Fixé actuellement à 2 800 Fcfa/kg (soit environ 5 000 $ la tonne) pour la campagne principale d’octobre à mars, ce tarif reste supérieur aux cours mondiaux qui fluctuent depuis février entre 3 000 et 4 000 $.

Espoir Olodo

FinTech, innovation, cybersécurité : le Luxembourg propose son expertise au Sénégal

 Le gouvernement sénégalais mise sur le numérique comme accélérateur de croissance et d’emploi à l’horizon 2030. Une ambition qui passe par le renforcement des partenariats internationaux, considérés comme un vecteur essentiel pour capter investissements et expertises.

Le ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique, Alioune Sall (photo, au centre), a reçu en audience l’ambassadrice du Luxembourg, Laure Huberty, le dimanche 1ᵉʳ mars. Elle était accompagnée du représentant résident de LuxDev, l’agence de développement luxembourgeoise. Au menu des échanges : la structuration de l’écosystème FinTech, la montée en compétences des jeunes et l’ambition de consolider un numérique à la fois inclusif, souverain et créateur de valeur.

Au-delà du protocole diplomatique, cet entretien s’inscrit dans un contexte où le Sénégal cherche à accélérer sa transformation numérique et à renforcer la compétitivité de son économie. L’objectif est également de répondre à une demande sociale forte : élargir l’accès aux services financiers, créer des emplois qualifiés et renforcer la sécurité des infrastructures numériques.

FinTech : régulation, synergies régionales et cybersécurité

Un volet central des discussions a porté sur l’animation de la communauté FinTech au Sénégal, autour d’une feuille de route articulée autour de trois priorités. D’abord, l’amélioration continue du cadre réglementaire, afin d’accompagner l’innovation sans fragiliser la stabilité financière. Ensuite, la création de synergies au sein de l’espace Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), où l’interopérabilité des services, l’harmonisation des pratiques et la circulation des talents peuvent accélérer l’émergence de champions régionaux. Enfin, le renforcement des liens entre finance, innovation numérique et cybersécurité — un triptyque devenu incontournable à mesure que les services financiers se digitalisent.

Dans cette logique, la coopération avec le Luxembourg, qui dispose d’une expertise reconnue en matière de services financiers et de technologies associées — le pays occupe la 31ᵉ place sur 116 en matière de capacité FinTech dans The Global Financial Centres Index 38 — est perçue comme un levier pour soutenir un numérique au service de l’inclusion financière et de la performance régionale. Côté sénégalais, l’objectif est clair : éviter la fragmentation en veillant à ce que régulation, innovation, sécurité et accès au financement progressent de concert.

Vers un Centre de référence des métiers du numérique

LuxDev a présenté sa vision d’un Centre de référence des métiers du numérique, conçu selon un modèle de partenariat public-privé. L’idée est de bâtir un hub intégré capable de rapprocher l’académie, les startups et les entreprises, afin de réduire l’écart entre les profils formés et les compétences réellement demandées par le marché.

Le centre ambitionne de devenir un espace de formation aux métiers stratégiques, avec un accent particulier sur la cybersécurité — devenue un enjeu transversal aussi bien pour les administrations que pour les opérateurs, les banques et les jeunes pousses. En filigrane, l’ambition est de faire de cet outil un levier d’employabilité et un accélérateur de carrière pour la jeunesse, tout en alimentant l’écosystème en talents immédiatement opérationnels.

La partie luxembourgeoise a insisté sur la volonté de positionner cette initiative en complémentarité avec les projets structurants déjà portés par le Sénégal, notamment le Parc des Technologies Numériques (PTN). L’enjeu est d’éviter les doublons et de s’inscrire dans un schéma d’ensemble où infrastructures, formation et innovation se renforcent mutuellement.

New Deal Technologique, une trajectoire assumée

Le ministre Alioune Sall a rappelé que ces chantiers s’inscrivent dans la dynamique du New Deal Technologique, feuille de route nationale de la transformation numérique. Il a également mis en avant le lancement, le 20 novembre dernier, de la Start-up Act — un dispositif de labellisation des startups innovantes et des Structures d’Accompagnement à l’Entrepreneuriat (SAE). Ce mécanisme contribuera à identifier et structurer un vivier national de jeunes entreprises à fort potentiel, renforcer l’attractivité de l’écosystème et préparer la mise en place d’un fonds de fonds destiné à mobiliser des investisseurs autour de projets alignés sur les priorités de Sénégal 2050.

À terme, l’enjeu est de créer des passerelles fluides entre formation, innovation, financement et régulation — une condition essentielle pour transformer des idées en entreprises durables.

Cette audience, au croisement de la diplomatie et de l’économie numérique, marque ainsi une étape supplémentaire dans le partenariat Sénégal–Luxembourg. Une coopération qui, si elle se concrétise par des dispositifs opérationnels, pourrait contribuer à la montée en gamme du capital humain, à la sécurisation du cyberespace et à l’essor d’une FinTech sénégalaise plus structurée, capable de rayonner à l’échelle de l’UEMOA.

Muriel EDJO

Le thé vert à la menthe, la boisson santé qui fait du bien au quotidien

Antioxydant, stimulant naturel et allié de la digestion, le thé vert à la menthe combine plaisir et santé dans une tasse parfumée. Découvrez comment l’intégrer facilement à votre routine.

ous cherchez une boisson naturelle qui allie plaisir et santé ? Le thé vert à la menthe coche toutes les cases. Rafraîchissant, parfumé et facile à préparer, il se consomme à tout moment de la journée. Quels sont vraiment ses bienfaits ? Comment le préparer correctement ? Quelles précautions connaître ? On fait le point avec Alioune Diaw, naturopathe et président de la Fédération Nationale des Naturopathes (FÉNA).

 

Quels sont les bienfaits du thé vert à la menthe pour la santé ?

Les bienfaits du thé vert à la menthe sont aujourd’hui bien documentés. Cette boisson associe les propriétés du thé vert et celles de la menthe, pour un effet à la fois tonique et digestif.

Une boisson riche en antioxydants

Le thé vert est naturellement riche en antioxydants, notamment en catéchines. Ces substances aident l’organisme à se défendre au quotidien. Elles permettent notamment de :

  • Lutter contre le stress oxydatif,
  • Protéger les cellules du vieillissement prématuré,
  • Contribuer à la prévention de certaines maladies chroniques.

« Les études montrent que la principale catéchine du thé vert, l’épigallocatéchingallate (EGCG), a un effet protecteur sur le cœur et le métabolisme », précise Alioune Diaw.

Un allié pour la santé cardiovasculaire

La consommation régulière de thé vert est associée à une meilleure santé cardiovasculaire. Les études montrent :

  • Une baisse modérée du cholestérol LDL (le « mauvais » cholestérol),
  • Une amélioration de la souplesse des vaisseaux sanguins,
  • Une légère réduction du risque d’hypertension.

À noter : la menthe ne modifie pas ces bienfaits. Elle améliore surtout le goût, ce qui aide à boire du thé plus régulièrement.

Une aide naturelle pour la digestion

L’association du thé vert et de la menthe est particulièrement intéressante après les repas. Elle agit à plusieurs niveaux :

  • Elle limite les ballonnements,
  • Elle détend l’estomac et les intestins (effet antispasmodique),
  • Elle stimule le foie et l’élimination des déchets (effet cholagogue),
  • Elle procure une agréable sensation de fraîcheur grâce au menthol.

« Quand on combine thé vert et menthe, on obtient une boisson idéale après le repas, douce pour l’estomac et très agréable à boire », explique Alioune Diaw. À privilégier, donc, après un repas copieux !

Le thé vert à la menthe aide-t-il à lutter contre la fatigue ?

Oui, mais sans provoquer d’excitation excessive. Pour rappel, le thé vert contient un peu de caféine, qui stimule la vigilance, et de la L-théanine, qui apaise le système nerveux. Résultat :

  • Une meilleure concentration.
  • Moins de nervosité qu’avec le café.
  • Une sensation de vigilance plus stable.

Minceur : est-ce que le thé vert à la menthe fait maigrir ?

Non, le thé vert à la menthe ne fait pas maigrir à lui seul. Mais il peut être un bon allié dans le cadre d’une démarche minceur, s’il s’inscrit dans une alimentation équilibrée. Ses atouts :

  • Il contribue à une meilleure hydratation.
  • Il stimule légèrement le métabolisme.
  • Il favorise la digestion des graisses.
  • Il remplace les boissons sucrées.

    Quelle différence entre le thé vert seul et le thé vert à la menthe ?

    Les deux boissons sont bénéfiques pour la santé. La différence se joue surtout sur le confort digestif, le goût et la sensation ressentie après la dégustation.

    Le thé vert seul

    Le thé vert seul est apprécié pour son côté tonique. Il est souvent choisi le matin ou en cas de fatigue.
    Il se caractérise par :

    • Un goût parfois amer,
    • Une forte action antioxydante,
    • Une meilleure sensation de « coup de fouet ».

    En revanche, il peut être moins bien toléré par les estomacs sensibles, surtout à jeun.

    Le thé vert à la menthe

    Le thé vert à la menthe, lui, est plus équilibré. L’ajout de menthe adoucit le thé et le rend plus agréable à boire au quotidien. Il apporte :

    • Un goût plus frais et plus agréable,
    • Une meilleure tolérance digestive,
    • Une sensation de détente plus prononcée,
    • Un effet apaisant sur l’estomac et les intestins.

    La menthe ne diminue pas les bienfaits du thé vert. Elle les complète, en rendant la boisson plus douce, plus digeste et plus facile à boire tous les jours, notamment après les repas.

    Alioune Diaw

    naturopathe et président de la Fédération Nationale des Naturopathes (FÉNA)

     

    Est-ce bon de boire du thé vert à la menthe tous les jours ?

    Oui, le thé vert à la menthe peut s’intégrer à votre routine quotidienne. Mais comme pour toute boisson contenant de la caféine, il est préférable de le boire avec modération !

    Quand boire du thé vert à la menthe ?

    Le bon moment dépend surtout de vos besoins. Privilégiez :

    • Le matin ou en milieu de matinée. Pour un coup de boost en douceur.
    • Après le déjeuner. Pour faciliter la digestion et éviter le coup de fatigue.
    • En début d’après-midi. En remplacement du café, si besoin.

    Évitez d’en boire en fin d’après-midi, car la caféine peut perturber le sommeil de certaines personnes, prévient Alioune Diaw.

    Évitez aussi d’en boire pendant les repassurtout si vous manquez de fer, car il peut freiner son absorption.

    Combien de tasses de thé peut-on boire par jour ?

    2 à 3 tasses par jour suffisent pour profiter de ses bienfaits.

    Vous pouvez alterner avec de l’eau ou des infusions sans théine.

    Le soir, optez pour une infusion de menthe seule, conseille le naturopathe.

     

    Comment préparer le thé vert à la menthe pour profiter de ses vertus ?

    Quelques gestes simples suffisent pour préserver les vertus de cette boisson et éviter les petits désagréments :

    • Optez de préférence pour un thé vert nature, si possible bio. Il sera plus riche en antioxydants et contiendra moins de résidus indésirables.
    • Si vous avez tendance aux brûlures ou aux maux d’estomac, évitez de boire le thé vert à jeun. Prenez-le plutôt après un repas ou en milieu de matinée.
    • L’eau ne doit pas bouillir. Une température entre 70 et 80 °C est idéale. Trop chaude, elle rend le thé amer et détruit une partie de ses bienfaits.
    • Laissez infuser 2 à 3 minutes maximum. Une infusion trop longue augmente l’amertume et la teneur en théine.
    • Quelques feuilles suffisent pour parfumer la boisson et faciliter la digestion. Évitez la menthe séchée, moins aromatique.
    • Limitez le sucre à tout prix. « Le thé vert à la menthe est souvent servi très sucré, mais cela annule une grande partie de ses effets bénéfiques. Il vaut mieux le boire nature ou avec une toute petite touche de miel », conseille Alioune Diaw. Si besoin, une cuillère de miel ou un peu de stévia suffit largement.

     

    Thé vert à la menthe : effets secondaires, précautions et contre-indications à connaître

    Même si le thé vert est naturel et sain, certaines personnes doivent être attentives :

    • En cas d’anémie ou de règles abondantes. Le thé vert peut limiter l’absorption du fer. Il est donc conseillé d’attendre au moins une heure après le repas avant d’en boire.
    • Pendant la grossesse ou l’allaitement. Le thé vert contient de la caféine. Les femmes enceintes ou allaitantes doivent en consommer avec modération, en limitant le nombre de tasses par jour, ou en choisissant un thé plus léger.
    • Si vous avez l’estomac fragile. En cas de reflux, de brûlures ou de troubles digestifs importants, le thé vert peut irriter. Mieux vaut alors se tourner vers des infusions plus douces, comme la camomille ou le fenouil.
    • En cas de traitement médical. Les interactions sont rares, mais possibles avec certains médicaments, notamment les anticoagulants ou les anti-inflammatoires. Si vous suivez un traitement régulier, demandez conseil à votre médecin ou à votre pharmacien.

    « La modération est essentielle en toute chose. Même le thé vert à la menthe doit être consommé avec raison », rappelle Alioune Diaw.

    En résumé, intégrer cette boisson à votre quotidien est un moyen agréable de prendre soin de vous. En plus de ses vertus santé, elle invite à un moment de pause, idéal pour réduire le stress et savourer l’instant présent !

Santé Magsine

Le massacre de Thiaroye et le Livre blanc

Suite à la commémoration du 80e anniversaire du massacre de Thiaroye (1er décembre 1944), le Livre blanc a été remis, le 16 octobre 2025, au président de la République du Sénégal. Certaines parties jettent un discrédit sur l’ensemble du travail accompli. Les hommes de Thiaroye et les descendants méritent mieux..

Lorsque j’ai été sollicitée pour faire partie du comité pour la commémoration du 80e anniversaire du massacre des tirailleurs sénégalais, j’ai accepté sans réserve, y voyant une reconnaissance du travail accompli. J’ai été nommée au titre des experts nationaux, africains et étrangers, spécialisés dans les questions abordées avec le professeur Mamadou Diouf qui assurait également la coordination, le professeur Lazare Ki-Zerbo (philosophe) et la professeure Rokhaya Fall.

Je n’ai pas souhaité m’inscrire dans la commission « Établissement des faits » pour laisser d’autres historiens s’approprier ce terrain. Au sein des commissions ont été mises en place des sous-commissions et je me suis retrouvée à siéger avec un certain Julien Fargettas, le négationniste du massacre et j’ai tout simplement refusé. Au final, ce protecteur du récit officiel n’a pas intégré le comité.  Afin de faciliter le travail et l’analyse notamment des historiens, j’ai transmis un grand nombre de documents dont toutes les archives que j’avais consultées à Londres. Je pense utile de rappeler qu’en 2014, j’évoquais le massacre prémédité, la spoliation des sommes dues, les archives falsifiées et manquantes, un procès mené à charge pour condamner des innocents et un récit officiel construit pour camoufler la réalité des faits. Mais le ministère de la Défense, lors du 70e anniversaire, a réitéré le mensonge d’État.

Lorsque j’ai été sollicitée pour faire partie du comité pour la commémoration du 80e anniversaire du massacre des tirailleurs sénégalais, j’ai accepté sans réserve, y voyant une reconnaissance du travail accompli. J’ai été nommée au titre des experts nationaux, africains et étrangers, spécialisés dans les questions abordées avec le professeur Mamadou Diouf qui assurait également la coordination, le professeur Lazare Ki-Zerbo (philosophe) et la professeure Rokhaya Fall.

Je n’ai pas souhaité m’inscrire dans la commission « Établissement des faits » pour laisser d’autres historiens s’approprier ce terrain. Au sein des commissions ont été mises en place des sous-commissions et je me suis retrouvée à siéger avec un certain Julien Fargettas, le négationniste du massacre et j’ai tout simplement refusé. Au final, ce protecteur du récit officiel n’a pas intégré le comité.  Afin de faciliter le travail et l’analyse notamment des historiens, j’ai transmis un grand nombre de documents dont toutes les archives que j’avais consultées à Londres. Je pense utile de rappeler qu’en 2014, j’évoquais le massacre prémédité, la spoliation des sommes dues, les archives falsifiées et manquantes, un procès mené à charge pour condamner des innocents et un récit officiel construit pour camoufler la réalité des faits. Mais le ministère de la Défense, lors du 70e anniversaire, a réitéré le mensonge d’État.

Lors des discours préliminaires, j’ai été contrariée d’entendre que les hommes de Thiaroye étaient démobilisés (également à la p. 191 du Livre blanc) alors qu’ils devaient l’être au camp de Thiaroye et ont été spoliés de leur prime. Le président du comité, Mamadou Diouf, a mentionné: « Revenus du Front européen ou extraits des prisons allemandes ou françaises » alors qu’ils étaient tous d’anciens prisonniers de guerre et certains évadés avaient rejoint la résistance auprès des FFI (forces françaises de l’intérieur). Il ne s’agissait que des frontstalags allemands bien que sur le sol français. Il n’y a pas eu 70 frontstalags en France occupée entre 1941 et 1944 (p. 143) mais une vingtaine en 1941 et huit à partir de fin 1942.

Un Livre blanc entaché d’erreurs

J’ai pu réceptionner ce Livre blanc. Hormis la partie inédite sur les fouilles archéologiques et celle sur la contribution des artistes, je dois avouer mon effarement. Comment est-il possible de remettre aux autorités sénégalaises un tel écrit bourré d’erreurs avec des redondances qui décuplent les approximations, des chiffres malmenés, des incohérences?

Je ne vais pas ici toutes les nommer mais prendre quelques exemples afin de prendre la mesure du désarroi qu’inspire ce Livre blanc. J’ai adressé à la primature et à Mamadou Diouf le recensement de toutes les erreurs. Ce dernier m’a répondu le 5 novembre :  » Je vous remercie pour vos notes, remarques, suggestions et corrections relativement au livre blanc. Nous en tiendrons compte pour les futures éditions« .

Dès les quatre premières pages de l’introduction, c’est un coup de massue avec des chiffres envoyés à l’emporte pièce. On ne peut mentionner 1200 à 1800 tirailleurs ayant répondu présents sur l’esplanade du camp à l’appel des officiers (p.7) alors qu’une archive évoque au plus 800 : ils étaient nombreux en permission à Dakar, d’autres étaient restés dans les baraques dont certains y ont été exécutés. De plus à la p. 9 il est écrit : « la mise en place d’un important dispositif militaire de répression composé de soldats (1200 à 1800)« , donc le même chiffre qui ne correspond en rien à la réalité.  Par ailleurs les soldats français ne rentrent pas chez eux à la Libération, en réalité les prisonniers de guerre métropolitains attendront jusqu’en mai 1945 avant d’être libérés.

J’ai entendu le président du comité répéter dans plusieurs médias que désormais cette histoire « sera écrite par nous« , « c’est notre narratif  » : « Ce travail nous permet de reprendre le contrôle de notre récit historique, de se le réapproprier pour produire le nôtre et ne plus avoir un récit exclusivement contrôlé par les vainqueurs » (1). Nous apprenons dans ce Livre blanc que les tirailleurs ont fait le débarquement de Normandie (p. 23) ou qu’ils ont été fait prisonniers à Dunkerque lors de l’opération de sauvetage des soldats britanniques (p. 230), il s’agit là d’une réécriture de l’Histoire qu’il faut démontrer. Tenir son propre discours n’autorise pas l’historien à prendre des libertés avec les faits.

La dépêche de l’AFP du 17 octobre relayée dans de nombreux médias français et africains a repris une phrase de l’introduction : « elles [les autorités françaises] ont modifié les registres de départ de Morlaix et d’arrivée à Dakar » (p. 10). Possédant une connaissance assez poussée des archives, j’avoue n’avoir jamais vu ces registres. Sauf erreur de ma part, je pense qu’il y a une confusion avec les dates d’embarquement qui ont été modifiées sur les extraits de service des condamnés, des victimes et des rescapés. Biram Senghor a obtenu, par un arrêt de la CAA (Cour d’Appel Administrative) de Paris du 9 mai 2025, que la bonne date soit retranscrite afin qu’il puisse faire valoir ses droits. Le ministère des Armées a exécuté cet arrêt que le 28 novembre 2025 après une relance de Biram Senghor. En effet, la modification de la date n’est pas anodine et fait partie intégrante du mensonge d’État.

À plusieurs reprises, le Livre blanc fait mention de la sanction caviardée du lieutenant-colonel Le Berre mais pas un mot sur les recours des descendants et de moi-même jusqu’au Conseil d’État afin d’obtenir le motif de la sanction caviardé à tort suite à l’amnistie du 16 août 1947.

Le rapporteur public du Conseil d’État a estimé, en 2017, que pour l’Histoire, le ministère devrait permettre l’opération de désoccultation alors qu’il n’existe pas de réglementation contraignant une administration à le faire. Ce refus, toujours d’actualité, est le signe évident de l’obstruction à la manifestation de la vérité. J’ai été surprise du vocable parfois employé qui ne figure pas dans les archives en particulier quand est évoquée la restitution des faits par le général Dagnan – tirs de semonce, manifestants – (p. 215). Par ailleurs, ce n’est pas le Général Dagnan qui a ordonné les tirs mais le lieutenant-colonel Le Berre. Peut-être est-ce la raison de la sanction.

J’ai été amenée à pointer une erreur d’interprétation sur une archive présentée régulièrement sur les ondes et lors de conférences de presse comme le document permettant de connaître le nombre de rapatriés à devoir embarquer à Morlaix. Ils n’étaient pas 2400 car ce chiffre englobait un contingent ayant quitté Cherbourg et je faisais remarquer que le télégramme du général Ingold avait inscrit « navires » donc au pluriel. Malheureusement ce chiffre apparaît dans le Livre blanc (p. 56 et p. 207) avec en prime une modification dans le libellé du télégramme alors qu’il est également mentionné le chiffre de 1950 à devoir embarquer (p. 230). De même, pour la fameuse escale à Casablanca avec le récit officiel qui permet de réduire le nombre de rapatriés, il est parfois mentionné 400, 350 ou 300 à avoir refusé d’embarquer (autre mensonge) alors que le chiffre de 400 ne peut être contesté. Quant à ceux qui ont refusé d’embarquer à Morlaix, il apparaît le chiffre nouveau de 350 (p. 56 et p. 166) et le bon chiffre de 315 (p. 226). Je me demande comment les lecteurs peuvent s’y retrouver. Une relecture coordonnée aurait permis d’éviter ces nombreuses distorsions.

À la p. 165, nous repartons à Morlaix avec les futurs embarqués présentés comme « écartés de l’assaut final dans le cadre du blanchiment des troupes« . Non, le blanchiment des troupes n’avait rien à voir avec les ex-prisonniers de guerre en attente de rapatriement sur Dakar. Cette confusion est récurrente. Le remplacement des troupes noires par des membres des FFI, voulu par le général de Gaulle, ne concernait que les tirailleurs poursuivant les combats dans les Vosges notamment. Par ailleurs, ils n’ont pas demandé à Morlaix leur prime de démobilisation puisqu’ils devaient être démobilisés à Thiaroye et n’ont pas perçu d’avance sur le navire le Circassia qui n’a pas fait d’escale à Bordeaux et Marseille (p. 166).

Grâce à la visite en France d’une délégation d’historiens et d’archivistes sénégalais, le ministère des Affaires étrangères a transmis les actes de décès des trente-cinq officiellement morts que j’ai pu me procurer en me rendant à Nantes. J’avoue ne pas comprendre l’insistance à présenter les 87 actes de décès de 1945 (p. 56, p. 207 et p. 252) comme une réponse possible au bilan des victimes alors que le fait notable est l’absence de M’Bap Senghor dans la liste des 35 parce qu’il a été présenté comme « non rentré » à sa famille avant que l’administration opte pour le qualificatif de déserteur, mention qui ne sera caviardée sur son extrait de service qu’en 2019 suite à une action en justice de son fils Biram. La question qu’il faut se poser c’est : « Combien de prétendus disparus sont dans les fosses communes? »

Quelle n’a pas été ma surprise de lire (p. 181) : « Selon les dernières informations, il est fait état d’un bilan de soixante-dix (70), (trente-cinq [35] morts et trente-cinq [35] blessés décédés par la suite) évoqué par François Hollande, confirmé par Armelle Mabon« . Je n’ai jamais confirmé ce bilan  de 70 morts. Je l’ai au contraire contesté d’autant que le ministère de la Défense avait repris ce chiffre pour une exposition qui n’a circulé qu’en Afrique subsaharienne.

Le récit déployé par le Livre blanc est assurément une grande avancée, notamment avec la fouille du cimetière, comparé à ce que l’État français a diffusé en 2014 et ce, malgré la remise de la synthèse de mes travaux. Je souligne l’importance d’une information inédite (p. 50) concernant la disparition pour la période 1944-1945 d’«archives explosives » signalées ainsi dans l’inventaire au sein du ministère des Affaires étrangères  supposément consultables et possiblement relatives au massacre de Thiaroye. Ce n’est pas faire preuve de judiciarisation de l’histoire que de tenter d’en savoir plus avec, par la suite et si nécessaire,  une saisine de la Cada (commission d’accès aux documents administratifs) puis une requête auprès du tribunal administratif de Paris pour les consulter ou du moins obtenir une explication à cette disparition trop opportune.

L’histoire complexe du massacre de Thiaroye mérite une grande attention avec une collaboration entre chercheurs quelle que soit leur origine. À ce titre, j’ai beaucoup apprécié l’échange avec le responsable des fouilles archéologiques, Moustafa Sall, lors de l’émission consacrée à l’archéologie sur France culture.

Le livre blanc recourt à des formulations implicites malheureuses en particulier quand est évoquée une demande de dérogation par « l’équipe » pour avoir accès aux archives du 23e BIMA avec une réponse du ministère des Armées (p. 57). J’ai initié cette démarche dans le cadre de ma recherche et ai reçu la réponse à mon nom. Prétendre que c’est l’équipe qui engage cette procédure relève d’un manquement à l’éthique d’une collaboration attendue.

J’ai été surprise de constater que des extraits de mon ouvrage sur les prisonniers de guerre « indigènes » (2) apparaissaient (p. 203-204) mais sans que je sois citée en première sourceEn conséquence, apparaît l’erreur que j’avais commise à cette époque pourtant corrigée dans mon ouvrage publié en 2024. En effet, j’avais mentionné une date fausse sur la fiche visite du navire le Circassia (20 novembre à la place de 21 novembre), mais la consultation des archives des remorqueurs m’a fait comprendre que le navire était bien arrivé au large de Dakar le 20 novembre. En revanche, la fiche visite a été réécrite après le massacre pour mettre 1300 rapatriés à la place d’au moins 1600, information qui a été correctement notée dans le Livre blanc.

Invisibilisation des descendants

Je tiens à revenir sur un passage du Livre blanc intitulé « Débats, controverses et contestations historique » (p. 209) : « Les historiens qui mettent à l’épreuve la première approche [factuelle voire circonstanciée] ont le souci du détail précis et le respect de l’exigence d’une onction scientifique. Ils ont le mérite d’avoir effectué un travail assidu de recherche dans les archives de France et d’Angleterre en dénichant souvent des fonds inaccessibles avant eux. Les documents de l’administration civile et la hiérarchie militaire restent les principales source de cette approche historique. Elle les somme de dire la vérité et de se dédire face aux réquisitoires des cours et tribunaux. Une approche contentieuse aussi bien dans les registres militaires que judiciaires [avec en note 336 : Armelle Mabon et Julien Fargettas sont les épigones antagonistes de cette approche]. L’énergie est mise à construire des dossiers judiciaires, à traquer les faux en écriture, les documents falsifiés ou caviardés, à construire les arguments de querelles administratives à la manière d’un auxiliaire de justice ou d’un médiateur. L’administration française reste la cible à abattre pour lui faire rendre gorge. Cette approche doit-elle être mise en œuvre de pair ou doit-on aménager un territoire de confrontation avec un autre traitement historique qui met l’accent, comme souligne Fanon dans son commentaire d’Aube africaine, relativement aux effets du recrutement sur les économies politiques, sociales, économiques et culturelles des sociétés africaines?« .

Pour pouvoir évoquer un mensonge d’État, repris dans ce Livre blanc comme une révélation récente, il a bien fallu questionner toutes les sources et réclamer les archives manquantes via la justice administrative. L’accompagnement des descendants dans leur quête de vérité et de réparation a permis de contrarier la volonté de l’État français à maintenir le récit officiel jusqu’à la reconnaissance en demi-teinte du massacre. Je constate avec amertume que les combats courageux engagés par les descendants jusqu’à la CEDH (Cour européenne des Droits de l’Homme) dont Biram Senghor et Djibril Doucouré sont ignorés. Nous n’en serions pas là si Biram Senghor, dès le début des années 70, n’avait pas réclamé des explications à l’administration française sur la mort de son père et s’il n’avait pas initié des procédures pour l’octroi de la mention « Mort pour la France ». Ces démarches sont à l’honneur des descendants et leurs finalités ne peuvent être assimilées à une quelconque volonté  de faire rendre gorge à l’administration française. Biram Senghor a fini par obtenir que son père soit reconnu « Mort pour la France ». Mais pourquoi le ministère des armées avec l’ONaCVG a décerné la mention « Mort pour la France » à seulement six victimes, provoquant la colère du premier ministre Ousmane Sonko? Biram Senghor étant le seul à pouvoir réclamer le dossier sur cette étrange opération, il a saisi le tribunal administratif sans que l’administration soit une cible à abattre. La compréhension de Thiaroye s’est affinée à la lecture des différents jugements et décisions judiciaires produites. L’argumentaire des magistrats de la Cour de Cassation du 14 décembre 2015 rejetant la demande du procès en révision  d’Antoine Abibou lourdement condamné à tort, déposé par son fils Yves Abibou en est une parfaite illustration.  Dans le Livre blanc, nous aurions pu voir la nécessité de se servir de l’octroi de la mention « Mort pour la France » comme un fait nouveau pour réclamer auprès de l’État français la saisine de la Cour de Cassation et faire aboutir le procès en révision.

Tant que les pouvoirs publics français ne reconnaîtront pas le mensonge d’État, la justice pénale et la justice administrative éprouveront des difficultés à dire le droit. Dernier exemple en date, le Procureur de la République de Paris a classé sans suite la plainte de Biram Senghor contre X et contre l’État français pour recel de cadavre. Ce 1er décembre 2025, Biram Senghor va saisir le doyen des juges d’instruction de Paris et se constituer partie civile.

Les descendants sont des acteurs à part entière et réclament réparation, pas seulement l’expression d’un pardon venant de la France (p. 258). Il est encore possible de retrouver des descendants dans les différents pays concernés notamment des condamnés puisque nous connaissons les villages dont ils sont originaires.

Dans les recommandations juridiques, il est étonnant de lire (p. 257) « la recherche du jugement des 34 condamnés » alors que cette pièce est depuis des décennies dans les archives nationales du Sénégal et aussi dans les archives remises par François Hollande en 2014. Il est tout aussi surprenant de lire « l’introduction d’une nouvelle requête auprès de la Cour européenne des Droits de l’Homme » par le Sénégal, phrase reprise par la dépêche de l’AFP. D’après un membre de la sous-commission « aspects juridiques », les propos rapportés dans le Livre blanc ne sont pas ceux de la dite sous-commission.

Les suites du Livre blanc

Interrogé le 19 octobre 2025 lors de son déplacement à Lagos au Nigéria sur la remise du Livre blanc, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot a déclaré : « Le 1er décembre dernier, à la demande du PR, je me suis rendu à Thiaroye à l’occasion du 80ᵉ anniversaire du massacre, pour mettre des mots justes, ceux que le Président de la République avait choisi, sur ce qu’il s’est passé ce moment-là. Pourquoi ? Car la France ne détourne pas les yeux de sa propre histoire et a engagé avec le Sénégal, mais aussi avec un certain nombre d’autres pays africains, un travail de mémoire. Nous allons prendre connaissance de ce rapport et nous nous tenons prêts à coopérer avec le Sénégal, les autorités sénégalaises le savent, pour que les travaux de recherche puissent éclairer ce qu’il s’est passé ce jour-là ».

Dans son discours du 1er décembre 2024, Jean-Noël Barrot avait diminué encore plus le nombre de rapatriés en prétendant que la moitié du contingent avait refusé d’embarquer à Morlaix. Comme en 2014, il a évoqué ce cri de colère du 1er décembre 1944 comme pour justifier la phrase d’Emmanuel Macron : « Un enchainement des faits a abouti au massacre« . Il faut bien rendre responsables les hommes de Thiaroye de leur malheur. Puisque les autorités françaises s’obstinent à déclarer, malgré les évidences, qu’elles ne possèdent pas d’autres archives (liste des rapatriés, liste des victimes, calcul des soldes, prime de démobilisation, versement du pécule, cartographie des fosses communes), la coopération avec l’État sénégalais reposerait sur une aide aux fouilles et à l’exhumation des corps. Dans son discours du 1er décembre 2024, le président Bassirou Diomaye Faye avait réclamé cette aide. Force est de constater que le Livre blanc efface cette possible coopération. Ce 1er décembre 2025, le président Bassirou Diomaye Faye annonce que la France offre son aide pour les fouilles et je ne peux que m’en réjouir. Espérons que le ministère des armées fera aussi un geste pour libérer les archives « interdites ». Par contre, l’État français a rejeté, en septembre 2024, la proposition d’accord amiable initiée par la CEDH pour le remboursement des sommes spoliées à Biram Senghor. Et s’il changeait d’avis avant un jugement que nous espérons proche?

Pour la commémoration du 81e anniversaire du massacre de Thiaroye, un dossier de presse a été élaboré et c’est avec une certaine consternation que je lis : « A l’intérieur du camp, 1 200 à 1 800 Tirailleurs. Ils ont tous répondu à l’appel, cette aube-là. Et ce fut le massacre » mais aussi qu’ils étaient originaires de dix-sept pays africains alors qu’il y avait moins de dix pays. Mes remarques ne sont toujours pas prises en compte et ce 1er décembre 2025, je crains que ce Livre blanc soit diffusé en l’état.

À la reprise des cours au Sénégal, ce 1er décembre, tous les élèves, collégiens, lycéens vont bénéficier d’un temps d’échange sur les tirailleurs et le massacre de Thiaroye : une importante initiative. Mais on ne peut leur faire croire qu’à Thiaroye il y a eu un problème de change de marks ou que les condamnés ont été libérés au moment de la visite de Vincent Auriol, Président de la République française, en mai 1947. De plus, le choix de certains documents est problématique sans une explication adaptée.

Je me réjouis que les dernières phrases du Livre blanc soient consacrées à l’exposition préparée par N’Goné Fall (sans que son nom soit cité) et avec laquelle j’ai collaboré. Cette exposition doit voir le jour avec des moyens suffisants pour qu’elle puisse circuler. Elle permettra de retracer cette histoire du massacre de Thiaroye au plus près des connaissances et sans se préoccuper de savoir de quel continent vient l’apport scientifique. Mon regard sur le Livre blanc est sévère alors que des passages sont plus que pertinents. Mais tout était sur la table pour ne pas commettre ces erreurs dommageables tant pour la crédibilité du travail que pour la prise en compte, par les autorités françaises, de l’indispensable réparation.

D’après les agendas de l’Élysée et ministériels, aucun dignitaire français, hormis sans doute l’Ambassadrice de France au Sénégal, n’est supposé se déplacer à Thiaroye pour la commémoration. Il faut mettre le massacre de Thiaroye dans les agendas avec une réunion interministérielle car, visiblement, les différents ministères ne communiquent pas entre eux, d’où des décisions rocambolesques qui nuisent au traitement humain et empreint de justice pour les descendants. Une commission d’enquête parlementaire transpartisane doit aboutir. La première initiative a été rejetée par les présidents des groupes parlementaires. La parole sous serment peut être libératrice et dénuée des oripeaux du mensonge.

(1) : Mamadou Diouf, Le Point, 19/10/2025.

(2) : Armelle Mabon, Prisonniers de guerre « indigènes, Visages oubliés de la France occupée, La Découverte, 2010, réédité en 2019.

Barry Souleylane 

Mondial 2026 (Q) : Édouard Mendy forfait contre la Mauritanie après une blessure au thorax

La Fédération sénégalaise de football (FSF) a annoncé une mauvaise nouvelle à la veille du choc face à la Mauritanie, prévu ce mardi 14 octobre 2025 à 19h. Le gardien titulaire de l’équipe nationale, Édouard Mendy, ne participera pas à la rencontre.

Le portier sénégalais s’est blessé au thorax lors du précédent match contre le Soudan du Sud, une blessure jugée suffisamment sérieuse pour le contraindre au forfait.

« Édouard Mendy, touché au thorax lors du match face au Soudan du Sud, est forfait pour la rencontre contre la Mauritanie ce 14 octobre 2025. Le gardien des Lions restera néanmoins avec le groupe pour poursuivre ses soins », a précisé la FSF dans un communiqué officiel.

Bien qu’il soit indisponible pour ce déplacement, le gardien d’Al-Ahli (Arabie saoudite) restera auprès de ses coéquipiers afin de continuer son traitement et d’apporter son soutien moral à l’équipe dans cette rencontre décisive des éliminatoires.

Barry Souleylane 

Namibie : Langer Heinrich a produit 1,06 million de livres d’uranium de juillet à septembre (+66%)

(Agence Ecofin) – Relancée en mars 2024, Langer Heinrich a produit 3 millions de livres d’uranium pour l’exercice financier 2025 de son opérateur Paladin Energy. Pour la période allant de juillet 2025 à juin 2026, la société veut accélérer la montée en régime de la mine vers sa capacité nominale.

En Namibie, la mine Langer Heinrich a produit 1,06 million de livres d’uranium de juillet à septembre 2025, période correspondant au premier trimestre de l’exercice financier de son opérateur Paladin Energy. Cette donnée tirée du rapport opérationnel publié par la société ce mardi 14 octobre traduit une hausse en glissement annuel de 66 % par rapport aux 640 000 livres d’uranium déclarées sur la même période l’année dernière.

Il s’agit, apprend-on, d’une « production trimestrielle record » pour la mine depuis son redémarrage en mars 2024, après une décennie de mise en maintenance. Paladin attribue ce résultat essentiellement aux améliorations opérationnelles sur le site au cours de la période considérée.

Il cite notamment un débit de 1,15 million de tonnes du concasseur de l’usine, ainsi qu’un « taux de récupération global moyen de l’usine de 86 % »« Nous avons enregistré une augmentation significative de nos activités minières à la mine Langer Heinrich pendant cette période, et notre accélération globale continue de progresser régulièrement, conformément à notre plan » a déclaré son DG, Paul Hemburrow.

Cette performance s’inscrit plus largement dans le processus de montée en régime de Langer Heinrich vers sa capacité nominale de 6 millions de livres d’uranium. Après avoir déclaré une production de 3 millions de livres sur le site pour l’exercice financier 2025 (juillet 2024 à fin juin 2025), Paladin projette entre 4 et 4,4 millions de livres pour l’exercice en cours. La capacité nominale visée ne devrait néanmoins être atteinte qu’à l’exercice financier 2027, selon les prévisions.

Aurel Sèdjro Houenou

 

Sidi Ould Tah rappelle l’urgence pour le Fonds Africain de Développement d’accéder aux marchés de capitaux

(Agence Ecofin) – Le nouveau président de la BAD, Sidi Ould Tah, a insisté sur le dossier visant à permettre au Fonds africain de développement d’accéder aux marchés de capitaux, une réforme urgente pour renforcer la capacité de financement du continent face à la raréfaction des ressources publiques.

Docteur Sidi Ould Tah, qui a officiellement pris ses fonctions de président de la Banque africaine de développement le 1er septembre 2025, a rappelé l’urgence de ratifier la charte du Fonds africain de développement (FAD) afin de lui permettre, avant le 31 décembre prochain, d’atteindre un seuil de 85 % d’accès possible au financement sur les marchés de capitaux. « Sans cela, notre capacité à servir sera fondamentalement limitée », a-t-il souligné.

Actuellement, le FAD ne peut mobiliser des ressources qu’auprès des prêteurs concessionnels tels que les États et les institutions de financement du développement. Une logique conforme à la nature du fonds, qui est le guichet « concessionnel » du groupe de la BAD, et à son rôle, qui consiste à fournir des financements très favorables (prêts à conditions souples, dons) aux pays à faible revenu.

Cette question avait déjà été abordée lors de la première réunion technique de mars 2025 sur la reconstitution du fonds, mais la mise en œuvre d’une telle évolution ne s’annonce pas simple. Il s’agira désormais de lever des capitaux à des taux de marché, pour soutenir des économies dont la capacité de gestion de la dette demeure fragile. L’un des enjeux majeurs sera donc de convaincre les investisseurs de la solidité du dispositif de maîtrise des risques.

Lors des échanges de Lusaka, Sidi Ould Tah a reconnu l’ampleur du défi. Selon la BAD, il a indiqué qu’un dialogue stratégique avec les agences de crédit à l’exportation et les institutions de financement du développement serait organisé en décembre afin d’établir de nouveaux partenariats pour mobiliser des investissements privés dans les pays éligibles au FAD.

Par ailleurs, la Banque africaine de développement pourrait également faire usage des instruments financiers à sa disposition — garanties, financements mixtes, émissions en monnaie locale ou appui à la préparation de projets — dans une offre unifiée conçue pour réduire les risques liés aux marchés fragiles et créer des opportunités d’investissement concrètes.

« Ensemble, nous pouvons mettre en place un FAD-17 robuste et tourné vers l’avenir, qui optimise chacune de nos capacités, renforce la résilience et la prospérité en Afrique, et qui génère des résultats clairs et mesurables pour chaque contributeur », a soutenu Sidi Ould Tah. Pourtant, cette ambition devra passer plusieurs épreuves de crédibilité, notamment vis-à-vis des marchés.

Sur le marché international de la dette, on observe un regain d’intérêt pour les titres souverains africains. L’écart moyen entre les taux d’emprunt et les rendements, indicateur du sentiment des investisseurs, s’est réduit à une moyenne de 3,4 %, une première en quinze ans selon Bloomberg. De plus, la Banque africaine de développement, maison mère du FAD, est parvenue à conserver sa note « AAA » chez Moody’s, l’une des principales agences de notation au monde. Un pays comme le Danemark a également apporté une note d’optimisme, en annonçant une hausse de 40 % de sa contribution pour la porter à l’équivalent de 172 millions $ (au taux de change actuel avec la couronne danoise).

Le défi reste toutefois immense. L’Afrique doit encore combler un déficit annuel de 650 milliards $ en financements extérieurs pour atteindre les Objectifs de développement durable (ODD). Dans le même temps, l’arrivée de l’administration Trump aux États-Unis et sa nouvelle approche de la coopération internationale et du climat laissent planer une incertitude sur la contribution de ce partenaire historique du FAD. Avec la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, ces quatre pays avaient apporté 2,4 milliards $ à la constitution du 16e FAD. Mais les trois partenaires européens affrontent des pressions internes persistantes, et le gap de financement pourrait atteindre 850 millions $.

Des pays comme la Chine, la Corée du Sud, la Norvège et la Suède sont, eux, perçus comme des contributeurs susceptibles d’augmenter leur participation. Par ailleurs, la BAD et plusieurs pays africains ont confirmé, lors d’opérations récentes, leur capacité à lever près de 2 milliards $ en une seule fois sur les marchés internationaux. Ces discussions se sont déroulées du 7 au 9 octobre 2025 à Lusaka, en Zambie, lors d’une ultime réunion technique avant la rencontre de décembre 2025 à Londres, au Royaume-Uni, consacrée à la reconstitution du 17e Fonds africain de développement.

Y ont pris part les représentants des pays bénéficiaires du mécanisme, ainsi que ceux du conseil d’administration de la BAD, y compris les membres issus des pays non africains. L’objectif de la rencontre était de définir les priorités, le cadre de financement et la stratégie d’implémentation du prochain cycle de collaboration, prévu entre 2026 et 2028. Ces complexités liées au financement interviennent alors que le Fonds monétaire international, dans son dernier rapport sur le suivi budgétaire, invite désormais les pays émergents à s’adapter pour faire plus avec moins de ressources.

Idriss Linge