De Bush house à Abidjan, le Camerounais aux mille vies devient le bras droit du nouveau patron de la Banque africaine de développement. Portrait d’un homme de réseaux qui préfère les coulisses aux projecteurs.
Il y a des nominations qui ne surprennent personne- sauf ceux qui n’avaient pas suivi le dossier. Deux semaines après l’installation de Sidi Ould Tah à la tête de la BAD, Thierry Hot débarque au bord de la lagune Ebrié avec le titre de conseiller exécutif et chef de cabinet de la présidence. Un atterrissage en douceur pour celui qui, selon les fins observateurs de la diplomatie africaine, fut l’un des artisans discrets mais décisifs de l’élection du Mauritanien.
Secret de Polichinelle, certes. Mais Hot, c’est précisément ça : l’homme qu’on ne voit pas, mais sans lequel rien ne se fait vraiment.
DE BUSH HOUSE À LA LAGUNE EBRIÉ
Le natif de Douala se rêvait en blouse blanche. La vie en a décidé autrement, et franchement, l’Afrique devrait s’en féliciter. Recruté par la puissante BBC World Service (British Broadcasting Corporation) en 2001 à Londres, il y forge son identité professionnelle avec ce timbre clair et ce ton mesuré qui font les grandes voix de Bush House. Il devient rapidement l’un des journalistes africains les plus côtés de sa génération, parcourant la planète au rythme des crises et des sommets, apprenant à parler aux puissants sans jamais perdre la hauteur de vue du reporter.
Une décennie d’antenne mondiale. Puis, cap à l’ouest- direction Bruxelles. Dans la capitale de l’Union européenne, Hot change de braquet sans changer de cap. Il prend les commandes de la rédaction d’Africa24 en 2009, et place le média fondé par Constant Nemalé sur orbite. Interviewer hors pair, éditorialiste affûté, il impose Africa24 dans le paysage audiovisuel continental. Puis il lève le pied de la pédale rédactionnelle pour appuyer sur celle de l’entrepreneuriat.
En 2010, il fonde le groupe Samori Media Connection, incubateur sous lequel naît Notre Afrik, mensuel panafricain qui s’inscrit dans la longue tradition des plumes engagées pour le continent. Quatre ans plus tard, il lance le Rebranding Africa Forum-ce grand raout bruxellois annuel où se croisent chefs d’Etat, banquiers, investisseurs et jeunes créateurs dans un même élan de reconstruction narrative de l’Afrique. Un forum devenu incontournable. Une marque personnelle autant qu’un service public informel.
L’HOMME AUX MILLE MANDATS
Thierry Hot, 52 ans, ne court pas après les titres. Ils semblent courir après lui. Conseiller spécial du Président burkinabè Roch Marc Kaboré de 2015 à 2021, vice-président des relations institutionnelles de la holding américaine Lilium Capital en 2023, fondateur de Pivotal Africa Network en 2024…La liste ressemble à un inventaire de postes de combat sur plusieurs fronts simultanés.
Entre deux mandats, il a trouvé le temps de décrocher un MBA en management stratégique et en intelligence économique. Parce que Hot n’est pas du genre à s’asseoir sur ses acquis. Il apprend, il anticipe, il connecte.
Prix du meilleur entrepreneur camerounais de la diaspora lors de la deuxième édition de l’Economie Business Awards en 2023, et décoré au rang de chevalier de l’Ordre du mérite national de Mauritanie en juillet 2025 par le Président Mohamed Ould El- Ghazaouani, il collectionne les reconnaissances officielles avec la même discrétion qu’il met à les taire.
LE FIL INVISIBLE
Derrière le costume taillé avec soin,- latin dans le goût, anglo-saxon dans la rigueur- se cache un credo que l’homme assume sans fausse modestie : « Servir l’Afrique, bâtir l’avenir. » Ni slogan de campagne, ni formule creuse. Une boussole. Il le dit lui-même avec une franchise désarmante : « Ce que je suis aujourd’hui, je le dois à la BBC, à la rigueur et à la ponctualité que j’y ai apprises. »
Franc du collier, Hot ne mâche pas ses mots. Mais son efficacité réelle tient à cette capacité rare : être partout sans se montrer nulle part. Il préfère les coulisses – là où se tissent les vrais deals, là où se forgent les destins durables.
Le défi désormais s’appelle BAD. Premier bailleur de fonds du continent africain, l’institution abidjanaise cherche un second souffle sous la conduite de Sidi Ould Tah. Avec Hot en éclaireur, le tandem dispose d’un atout rare : une vision stratégique doublée d’un réseau continental opérationnel.
Thierry Hot n’est pas qu’un homme de réseaux. Il est ce fil invisible qui relie capitales, institutions et ambitions. Celui que l’on appelle quand il faut transformer l’essai. Et ça, il sait faire.
Reste une question que les prochains mois se chargeront de trancher : dans une institution aussi politique que la BAD, l’homme de l’ombre saura-t-il cette fois, s’accommoder de la lumière ?
Jos Blaise MBANGA KACK

