MACKY SALL DANS LA SALLE D’ATTENTE DE L’ONU

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Spectre

Ni candidat fantôme, ni simple prétendant. L’ancien président sénégalais a franchi le pas ce lundi 2 mars 2026. Pendant que Dakar retient son souffle, les dossiers s’empilent officiellement dans les antichambres onusiennes.

InfraNews – C’est désormais officiel, sa candidature au poste de Secrétaire général des Nations unies ne relève plus de la spéculation. Le dossier a été déposé par le président en exercice de l’Union africaine, le Burundais Evariste Ndayishimiye- signal fort que le continent parle d’une seule voix sur ce dossier. L’étincelle est venue de Brazzaville. En marge d’une visite officielle du Président sénégalais Diomaye Faye au Congo début février, ses hôtes congolais ont pris position en faveur de Macky Sall, affirmant que sa candidature était de nature à emporter l’adhésion continentale. Une prise de position relayée par le journal Maroc Hebdo, et reçue à Dakar avec le mélange habituel de calcul et d’embarras.

A cela s’ajoute désormais le soutien public du Crans Montana Forum (CMF), organisation internationale non gouvernementale de premier plan favorisant la coopération internationale, la paix et le développement économique. Le CMF, dont le siège est à Genève, et qui appelle à « confier le Secrétariat général des Nations Unies à une personnalité exceptionnelle », organise chaque année des forums réunissant élus, diplomates et chefs d’entreprises. Son influence réelle dans les chancelleries reste toutefois débattue : certains observateurs le décrivent davantage comme une tribune de networking diplomatique de haut vol que comme un faiseur de roi onusien. Dans son appel de mi-février, le CMF présente Macky Sall comme « le candidat le plus expérimenté », saluant son parcours de chef d’Etat et sa maîtrise des équilibres géopolitiques. Le Forum va plus loin, ajoutant- détail instructif, qu’un Secrétaire Général de confession musulmane constituerait « de nos jours un atout » : une assertion qui mérite d’être lue pour ce qu’elle est, un argument de lobbying, et non comme un soutien institutionnel pesant.

LE PRÉCÉDENT AFRICAIN

L’argument du « profil d’ancien chef d’Etat » n’est pas anodin. L’Afrique a déjà occupé le fauteuil avec Koffi Annan, considéré comme le véritable candidat continental à l’époque. Avant lui, Boutros Boutros- Ghali avait réussi une synthèse diplomatique entre Afrique et Proche Orient, fort du soutien personnel du président français Jacques Chirac, dont l’engagement fut déterminant pour faire franchir le seuil du Conseil de sécurité à sa candidature.

A l’Union africaine, l’exemple d’Alpha Oumar Konaré, est souvent cité : ancien chef d’Etat du Mali, devenu plus tard, président de la Commission de l’Union africaine, il avait su s’imposer là où ses prédécesseurs étaient parfois réduits au rang de simples secrétaires, voire d’assistants-son galon présidentiel lui conférant une autorité morale que les chefs d’Etat en exercice ne pouvaient ignorer. Message subliminal : à New York comme à Addis- Abeba, le galon présidentiel pèse.

DIPLOMATIE EN RÉSEAU, ANGLAIS EN RÉSERVE

Bien réseauté, disposant de solides relais en Afrique, en Europe et dans le monde arabo-musulman, Macky Sall miserait davantage sur un lobbying ciblé plutôt que sur une campagne à ciel ouvert. Un proche du dossier résume : « Ici, ce n’est pas une campagne populaire. Il faut convaincre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité et quelques pivots sur chaque continent, » L’équation est connue : sans l’aval d’au moins un des P5 (Etats Unis, Russie, Chine, France, Royaume- Uni), pas de salut.

Un soutien du Président français serait-il envisageable? Les observateurs qui connaissent la relation entre les deux hommes sourient à la question. Macky Sall et Emmanuel Macron ne se sont jamais cachés d’une proximité qui dépasse le protocole : ils se tutoient, s’appellent par leurs prénoms. Dans les chancelleries, ce type de relation ne s’oublie pas au moment des grands arbitrages. Sans qu’aucune information officielle ne soit venue de l’Elysée, peu d’analystes parieraient contre un coup de pouce français le moment venu.

Reste un point sensible : sa maîtrise jugée imparfaite de l’anglais, langue de travail dominante à l’Organisation des Nations unies. Certains observateurs estiment que cela pourrait constituer un handicap dans un environnement où la diplomatie se joue aussi dans la nuance lexicale. D’autres relativisent : à New York, les équilibres géopolitiques pèsent souvent davantage que l’accent. Certains tempèrent néanmoins. À l’instar de ce diplomate africain en poste à New York, qui a requis l’anonymat : «Macky Sall est une figure respectée, mais le poste de Secrétaire général ne se gagne pas sur un bilan continental. Il faut être acceptable pour Washington, Pékin et Moscou simultanément- et c’est là que les profils francophones africains ont historiquement buté.» Une réserve qui rappelle que la diplomatie onusienne est moins une course de popularité qu’un jeu d’équilibre de vétos.

DAKAR ENTRE PRUDENCE ET CALCUL

Il y a peu, la chaîne de télévision française France 24 notait encore que Macky Sall « laissait planer le suspense » sur ses ambitions internationales. L’heure n’est plus aux suppositions. Plusieurs médias africains, dont Senenews, Dakarmidi, Faso.net et bien d’autres, ont confirmé le dépôt officiel de sa candidature.

Le calendrier joue en faveur de l’agitation. Le mandat de l’actuel Secrétaire général António Guterres s’achève en décembre 2026. La procédure est rodée : le Conseil de sécurité recommande un candidat – à l’unanimité ou sans véto-avant que l’Assemblée générale ne l’entérine formellement. Par convention informelle, un roulement régional est observé, et l’Afrique subsaharienne n’a plus occupé le poste depuis la fin du second mandat de Kofi Annan en 2006. L’argument du « tour de l’Afrique » est dans toutes les bouches- mais il ne suffit pas à déverrouiller un véto.

L’ancien directeur exécutif d’ONUSIDA et par ailleurs ancien ministre malien de la santé, Michel Sidibé, figure respectée des couloirs onusiens, apporte lui aussi son crédit à la démarche. Il a récemment déclaré publiquement que Macky Sall concentre en lui les atouts nécessaires pour diriger l’organisation mondiale.

Si les autorités sénégalaises n’ont à ce jour formulé aucun endossement officiel-prudence stratégique oblige, soutenir un prédécesseur encore clivant sur la scène nationale n’étant pas un geste neutre- la démarche du président de l’Union africaine signe une forme de caution continentale qui dépasse les calculs politiques internes.

Après Kofi Annan, l’Afrique peut-elle replacer l’un des siens au sommet du multilatéralisme ? La réponse ne se jouera ni à Dakar ni à Genève, mais dans les salons feutrés du Conseil de sécurité.

Infranews Jos Blaise Mbanga Kack

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