FinTech, innovation, cybersécurité : le Luxembourg propose son expertise au Sénégal

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 Le gouvernement sénégalais mise sur le numérique comme accélérateur de croissance et d’emploi à l’horizon 2030. Une ambition qui passe par le renforcement des partenariats internationaux, considérés comme un vecteur essentiel pour capter investissements et expertises.

Le ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique, Alioune Sall (photo, au centre), a reçu en audience l’ambassadrice du Luxembourg, Laure Huberty, le dimanche 1ᵉʳ mars. Elle était accompagnée du représentant résident de LuxDev, l’agence de développement luxembourgeoise. Au menu des échanges : la structuration de l’écosystème FinTech, la montée en compétences des jeunes et l’ambition de consolider un numérique à la fois inclusif, souverain et créateur de valeur.

Au-delà du protocole diplomatique, cet entretien s’inscrit dans un contexte où le Sénégal cherche à accélérer sa transformation numérique et à renforcer la compétitivité de son économie. L’objectif est également de répondre à une demande sociale forte : élargir l’accès aux services financiers, créer des emplois qualifiés et renforcer la sécurité des infrastructures numériques.

FinTech : régulation, synergies régionales et cybersécurité

Un volet central des discussions a porté sur l’animation de la communauté FinTech au Sénégal, autour d’une feuille de route articulée autour de trois priorités. D’abord, l’amélioration continue du cadre réglementaire, afin d’accompagner l’innovation sans fragiliser la stabilité financière. Ensuite, la création de synergies au sein de l’espace Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), où l’interopérabilité des services, l’harmonisation des pratiques et la circulation des talents peuvent accélérer l’émergence de champions régionaux. Enfin, le renforcement des liens entre finance, innovation numérique et cybersécurité — un triptyque devenu incontournable à mesure que les services financiers se digitalisent.

Dans cette logique, la coopération avec le Luxembourg, qui dispose d’une expertise reconnue en matière de services financiers et de technologies associées — le pays occupe la 31ᵉ place sur 116 en matière de capacité FinTech dans The Global Financial Centres Index 38 — est perçue comme un levier pour soutenir un numérique au service de l’inclusion financière et de la performance régionale. Côté sénégalais, l’objectif est clair : éviter la fragmentation en veillant à ce que régulation, innovation, sécurité et accès au financement progressent de concert.

Vers un Centre de référence des métiers du numérique

LuxDev a présenté sa vision d’un Centre de référence des métiers du numérique, conçu selon un modèle de partenariat public-privé. L’idée est de bâtir un hub intégré capable de rapprocher l’académie, les startups et les entreprises, afin de réduire l’écart entre les profils formés et les compétences réellement demandées par le marché.

Le centre ambitionne de devenir un espace de formation aux métiers stratégiques, avec un accent particulier sur la cybersécurité — devenue un enjeu transversal aussi bien pour les administrations que pour les opérateurs, les banques et les jeunes pousses. En filigrane, l’ambition est de faire de cet outil un levier d’employabilité et un accélérateur de carrière pour la jeunesse, tout en alimentant l’écosystème en talents immédiatement opérationnels.

La partie luxembourgeoise a insisté sur la volonté de positionner cette initiative en complémentarité avec les projets structurants déjà portés par le Sénégal, notamment le Parc des Technologies Numériques (PTN). L’enjeu est d’éviter les doublons et de s’inscrire dans un schéma d’ensemble où infrastructures, formation et innovation se renforcent mutuellement.

New Deal Technologique, une trajectoire assumée

Le ministre Alioune Sall a rappelé que ces chantiers s’inscrivent dans la dynamique du New Deal Technologique, feuille de route nationale de la transformation numérique. Il a également mis en avant le lancement, le 20 novembre dernier, de la Start-up Act — un dispositif de labellisation des startups innovantes et des Structures d’Accompagnement à l’Entrepreneuriat (SAE). Ce mécanisme contribuera à identifier et structurer un vivier national de jeunes entreprises à fort potentiel, renforcer l’attractivité de l’écosystème et préparer la mise en place d’un fonds de fonds destiné à mobiliser des investisseurs autour de projets alignés sur les priorités de Sénégal 2050.

À terme, l’enjeu est de créer des passerelles fluides entre formation, innovation, financement et régulation — une condition essentielle pour transformer des idées en entreprises durables.

Cette audience, au croisement de la diplomatie et de l’économie numérique, marque ainsi une étape supplémentaire dans le partenariat Sénégal–Luxembourg. Une coopération qui, si elle se concrétise par des dispositifs opérationnels, pourrait contribuer à la montée en gamme du capital humain, à la sécurisation du cyberespace et à l’essor d’une FinTech sénégalaise plus structurée, capable de rayonner à l’échelle de l’UEMOA.

Muriel EDJO

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