Souleymane Bachir Diagne : « En Afrique, il est temps de décoloniser nos imaginaires »

Afrique

Pensées d’Afrique (6/6). Le philosophe sénégalais explique qu’il n’y a pas un lieu qui serait à lui seul le théâtre de l’histoire universelle. Loin de l’européocentrisme, la philosophie est de toutes les cultures.

Entretien. Né en 1955 au Sénégal, dans une famille de lettrés musulmans, Souleymane Bachir Diagne a été formé à l’Ecole normale supérieure, notamment par Louis Althusser et Jacques Derrida. Il dirige l’Institut des études africaines de l’université Columbia, à New York. Philosophe des mathématiques (Boole : l’oiseau de nuit en plein jour, Belin, 1989 ; Logique pour philosophes, NEAS, 1991), philosophe de l’islam (Comment philosopher en islam ?, Philippe Rey, 2014) et philosophe de l’Afrique (En quête d’Afrique[s], avec Jean-Loup Amselle, Albin Michel, 2018), Souleymane Bachir Diagne explique que la décolonisation des imaginaires n’est pas une guerre, mais signifie qu’il n’y a pas d’humanités séparées.

Qu’est-ce qui, dans votre parcours, vous a rendu sensible à la nécessaire décolonisation des imaginaires ?

Je suis né au Sénégal en 1955, l’année de la conférence de Bandung, en Indonésie, dont on peut dire qu’elle est la date officielle de la décolonisation puisqu’elle affirme qu’aucune culture n’a le droit d’en coloniser une autre. Autre fait notable, ce sont les pays asiatiques et africains qui l’ont organisée, alors que l’Europe, qui avait l’habitude de convoquer les sommets internationaux, est absente. Dans sa constitution même, cette conférence a donc tout simplement décentré l’Europe. Et l’on n’a pas encore fini de mesurer l’importance de cet événement : l’Europe n’est plus le lieu d’où l’on parle des autres, mais ce dont on parle entre Asiatiques et Africains.

Propos recueillis par Nicolas Truong le monde.fr