Sénégal : le grand magal de Touba commémoré dans la ferveur

Sénégal

C’est une foule immense de pèlerins mourides qui a célébré l’anniversaire, dans le calendrier musulman, du départ en exil au Gabon du fondateur du mouridisme, Cheikh Ahmadou Bamba, dit Serigne Touba.

Moment particulier pour nombre de Sénégalais que celui où ils commémorent un instant fort de l’histoire religieuse du pays mais aussi de son histoire tout court dans le cadre de la résistance à la colonisation. Nous sommes au XIXe siècle et la pénétration coloniale bat son plein. Né en 1853, le Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké va mener la vie dure aux Français non en levant les armes mais en résistant à travers sa foi et son rayonnement sur ses disciples sénégalais de cette époque. De fait, le chef religieux avait été contraint par les autorités coloniales françaises à l’exil au Gabon, sur l’île de Mayombé (1895-1902), puis en Mauritanie (1903-1907), avant d’être placé en résidence surveillée dans le nord du pays. Il avait lui-même souhaité que cet événement soit commémoré par ses disciples, qui se comptent à présent par millions au Sénégal et dans la diaspora.

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Des pélerins lisent le Coran et les poèmes de Cheikh Ahmadou Bamba. © SEYLLOU SEYLLOU / AFP

 

Des usages bien rodés

Selon la tradition, les pèlerins devaient ensuite partager le traditionnel « berndel » (banquet), repas gargantuesque composé de bœufs, moutons, poulets, chameaux, poissons, riz, fruits et boissons fraîches, servis à volonté dans chaque famille. Arrivés en voitures, taxis collectifs ou « cars rapides » de tout le Sénégal, bravant la chaleur et des embouteillages monstres, les pèlerins se sont pressés aux alentours de la grande mosquée et des mausolées de cette ville du centre du pays en pleine expansion démographique. Assis sur des tapis ou des nattes sur l’esplanade de la mosquée aux sept minarets, visible à des kilomètres à la ronde, les fidèles, estimés à 3 millions par certains observateurs, ont récité par petits groupes des versets du Coran et des « khassaïdes », poèmes écrits par Cheikh Ahmadou Bamba.

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Une vue de l’intérieur de la Grande Mosquée de Touba lors du Magal d’octobre 2018. © SEYLLOU / AFP

Dans une atmosphère de recueillement, ils se sont ensuite rendus en de longues files dans les mausolées érigés en l’honneur du fondateur du mouridisme et de ses fils et successeurs, considérés comme des saints. Ainsi va le grand magal (« célébration » en wolof), qui marque donc l’anniversaire d’un exil commencé très exactement le 12 août 1895. « Le magal est un jour de gloire, de fête, de succès dans le combat pour élever le droit de Dieu et des hommes sur terre, c’est-à-dire pour réhabiliter les valeurs islamiques », a expliqué un responsable mouride, Youssouf Diop.

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Une vue de la Grande Mosquée de Touba ainsi que des pélerins lors du Magal, fin octobre 2018. © SEYLLOU / AFP

 

Moment de ferveur religieuse, de politique aussi

Dans ce pays réputé pour sa tolérance religieuse et qui compte plus de 90 % de musulmans, adhérant pour la plupart à l’islam soufi, représenté par différentes confréries, dont celle des mourides est l’une des principales, le grand magal a aussi une dimension politique et voit converger les hommes politiques, cette année les candidats à la présidentielle de février 2019. Plus de 2 000 policiers ont été déployés pour éviter les débordements, faire face à une éventuelle menace terroriste et mener la vie dure aux pickpockets, réputés très nombreux pendant le magal.

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Des pélerins à l’extérieur de la Grande Mosquée de Touba ce 28 octobre 2018. © SEYLLOU / AFP