Rewmi: La malédiction des départs

Sénégal

Le parti Rewmi d’Idrissa Seck enregistre, depuis quelques années, un flux continuel de départs. Et pas des moindres. Il s’agit en général de gros calibres dont personne ne pouvait, auparavant, imaginer qu’ils allaient adopter une telle attitude.

Awa Guèye Kébé qui a été une des premières à avoir inauguré ces séries de départs, est entrée depuis lors dans une sorte d’hibernation politique. On ne peut pas dire dès lors qu’il s’agissait d’une porte de sortie pour transhumer. Thierno Bocoum, un des anciens lieutenants d’Idy, a dû suivre la tendance avant de rejoindre son mentor lors de la présidentielle, mais en allié qui a son mouvement politique.

Omar Sarr, Pape Diouf, Oumar Guèye, Me Nafissatou Diop, Youssou Diagne, Léna Sène et tant d’autres ont tourné le dos à l’ancien Premier ministre.

Des départs qui, tout aussi rocambolesques les uns des autres, suscitent des interrogations légitimes.

On a spéculé sur ‘’la gestion solitaire’’ du Chef depuis Awa Guèye Kébé, sur les difficultés de communication interne dans le parti. Ensuite, avec Thierno Bocoum, les mêmes spéculations ont concerné la querelle de leadership en interne. Car, selon certains, les responsabilités données à Déthié Fall, le vice-Président, n’agréent pas tout le monde. En somme, il y aurait des frustrations qui pourraient motiver ces départs, même si au micro de nos confrères de Rewmi Fm, Yankhoba Seydi, un des fidèles Lieutenants d’Idy, s’en défend et dit ne pas être au courant d’une quelconque crise en interne.

Toutefois, il n’y a pas de fumée sans feu. Il nous semble que Rewmi, depuis sa création, est en proie à une sorte de malédiction des départs.

Et qu’il s’agit d’un parti politique ‘’made in Sénégal’’ qui souffre pratiquement des mêmes dysfonctionnements que tous les autres : Concentration des pouvoirs au sein du leader qui décide de la pluie et du beau temps, tout en prenant sur lui toutes les charges de fonctionnement.

Ici, la démocratie interne est un vain mot dans nos associations et mouvements. Une situation qui crée d’énormes frustrations et occasionnent maints départs.

Cela marche souvent quand le parti est au pouvoir, malgré quelques grincements de dents comme c’est le cas à l’Alliance pour la République (Apr). Mais quand le parti est dans l’opposition, les choses deviennent plus difficiles.

L’autorité du leader est plus facilement remise en question, et ses lieutenants essaient, plus aisément, de profiter de la facilité de créations de partis et de mouvements politiques pour prendre  leur indépendance.

A ce propos, le Parti démocratique sénégalais (Pds) a    enregistré certainement la plus grande saignée, avec pratiquement une dizaine de partis politiques créés sur ses flancs après la perte du pouvoir. Parce qu’avant, l’ancien Président Wade était adulé de tous ses militants et cadres qui disaient même de lui qu’il était ‘’la seule constante’’.

En tout état de cause, même si Rewmi reçoit aussi des ralliements, l’image qu’il renvoie n’est pas des meilleures avec ces départs de cadres.

Il serait important que le parti revoie ses modes de fonctionnement interne, organise des concertations, des congrès en donnant la parole à la base, aux mouvements de jeunes, de femmes, aux structures de cadres, etc.

En somme, le parti, pour être vraiment grand, doit davantage faire son autocritique et voir, objectivement, ce qui ne va pas. Ce travail d’introspection est nécessaire en préparant les uns et les autres à la prise et à l’exercice du pouvoir qui doit consacrer son ouverture aux autres qui seront attirés par les avantages qui en découlent.

Car, autant il est important pour un parti de se structurer, autant il est tout aussi utile de maintenir un socle de fidèles dans un directoire qui reflète la stabilité et inspire confiance aux citoyens.

Malheureusement, Idy communique peu sur ces départs. Or, Rewmi n’appartient pas seulement à ses partisans, mais à tous les Sénégalais qui attendent la vérité et qui ont le droit de comprendre.

Et dans des moments comme celui-là, le parti doit communiquer afin que ces départs n’aient pas, à la longue, un impact négatif dans la conscience populaire.

Assane Samb