Politique des transports au Sénégal, quelle stratégie pour le quinquennat (Macky 2)?

Sénégal

Il y a aujourd’hui plus d’1 milliard de véhicules utilisés dans le monde (900 million de véhicules passager et 300 million de véhicules commerciaux). Et toutes les prévisions s’accordent sur le fait que le nombre de véhicules doublera probablement au cours du prochain quart de siècle. Les taux de possession de véhicules dans les pays en développement sont faibles par rapport aux pays riches, mais l’on constate une aggravation de la congestion du trafic et de la pollution atmosphérique. Cela entraîne un désordre effarant dans nos routes et provoque des accidents et des pertes de temps inestimables. 

Cette montée en flèche de la motorisation et l’augmentation des populations dans nos pays et en particulier au Sénégal, n’est pas souvent en harmonie avec le peu d’infrastructures dont nous disposons et les capacités institutionnelles limitées qui les encadrent. Malgré ces difficultés, Il existe de nombreuses possibilités d’amélioration. Certains pays en ont adoptées dans le passé et ont réussi; d’autres pourraient sauter par-dessus certaines des voies coûteuses et dommageables pour l’environnement prises par les pays développés. le BRT (Bus rapid Transit) que j’avais moi-​même proposé au gouvernement du Sénégal à la place d’un système de tramway qui était initialement prévu (ref. https://www.dakaractu.com/Je-proposerais-un-Bus-Rapid-Transit-BRT-a-la-place-d-un-Tram -M-le-president_a58535.html​ ) est dans ce siage.
La mobilité accrue à de nombreux effets positifs sur le développement économique et le bien-être social, notamment une circulation plus efficace des marchandises et un meilleur accès aux emplois, aux services de santé et à l’éducation, mais cela doit être porté par le transport public car, si la mobilité accrue est obtenue principalement par le recours accru aux voitures privées conventionnelles, cela ne fera que faire subir aux populations une aggravation de la pollution atmosphérique et des embouteillages. C’est exactement le cas à Dakar.
La politique infrastructurelle doit être accompagnée d’une politique de transport publique orientée. Un changement de paradigme s’impose donc au Sénégal et C’est pourquoi d’ailleurs nous pensons opportune et pertinente la mise sur pied d’un secrétariat d’Etat chargé du réseau ferroviaire. Le Président de la République n’est-il pas lui-même entrain de changer de paradigme sur la politique des transports menée jusqu’alors. Vu sous cet angle on aurait simplement dit qu’il accorde une importance capitale à ce secteur qui est en réalité le seul capable de régler le problème lancinant de la mobilité urbaine et interurbaine au sénégal.
Mais la vraie politique de transport public doit passer par un système intégré de transport multimodal et intermodal qui aura raison sur le désordre “organisé” du système informel et mal intégrée des “Car rapide-Aftu-Ndiaga Ndiaye-7 Places”. Ce système est à l’origine de tous les problèmes de mobilité y compris les nombreux accidents constatés sur les routes au Sénégal. Pourtant, dans la nouvelle politique de transport intégrée et orientée du Président

Sall, la modernisation et donc la formalisation du système des cars rapides doit avoir une part importante. Le défi est énorme nous le savons, car ​Lorsque les pays les plus développés construisaient leurs infrastructures de transport, leur population était réduite comparée à celle de la plupart des pays en développement d’aujourd’hui, et le coût des véhicules motorisés était relativement élevé. le ​Sénégal n’est pas un pays peuplé certes mais son défi à lui c’est de proposer des mesures à la fois incitatives et dissuasives. un bon système de chemin de fer (Light rail transit) et un bon système de bus (Bus Rapid Transit) va forcément amener les sénégalais à abandonner leurs véhicules privés mais aussi le transport en commun informel. Cela doit passer par une politique cohérente, évaluée et bien suivie​.
Il faut reconnaître qu’une mégalopole comme Dakar est déjà énorme et continue de s’étendre. Il y a peu de temps ou d’argent pour construire des systèmes de transport en commun ou pour élargir les routes afin de gérer le nouveau trafic. La région connaît déjà de graves problèmes de congestion, d’économie et d’environnement et de graves problèmes de sécurité. C’est pourquoi le président de la république et les autorités en charge du transport doivent remuer ciel et terre pour trouver les meilleurs profils pour définitivement régler le problème des transports et de la mobilité urbaine et interurbaine. Ceci passe par les infrastructures mais elles ne sont pas l’unique solution. celle-ci se trouve ailleurs. Il faut comprendre que nous en sommes à un moment crucial ou le transport est devenu extrêmement transversal et qu’un simple ministère ne saurait résoudre tous les problèmes qui lui sont liés, c’est pourquoi, encore une fois, j’apprécie à sa juste valeur la création du secrétariat d’Etat chargé du réseau ferroviaire mais l’approche intégrée me semble plus pertinente surtout quand on sait que la critique formulée contre les systèmes de transport modernes est l’absence de lien avec l’urbanisme. En effet, ​les critiques qui sont généralement faites aux nouvelles lignes de transport portent sur le caractère limité de la reprise en main du secteur : il ne s’agit que de quelques grands axes, le reste de l’offre demeurant globalement inchangé.
Ces critiques peuvent ne pas être totalement fondées, quand on sait que la reconquête ponctuelle du secteur du transport public enclenchée par le chef de l’Etat et son PSE semble être une méthode qui permet d’introduire très progressivement des territoires un peu plus humanisés dans une métropole dakaroise particulièrement chaotique. C’est le cas de Diamniadio et de Diass mais aussi du tronçon Ila Touba. Nous proposons alors une approche intégrée qui tiendra en compte la multimodalité et l’intermodalité avec une politique de report modal intelligemment pensée et structurée dès maintenant. Bien évidemment, cela passera par la modernisation et la formalisation des cars rapides qui joueront à la fois les rôles de feeders pour le BRT et le TER en plus des autres systèmes de bus et de trains qui, certainement, sont déjà sous projet.
Papa Elimane FAYE 
Docteur en Tourisme, Spécialisé en politiques de transports