Moins de sept heures de sommeil par nuit : c’est grave docteur ?

Conseil santé

Les gens dorment 6h42 par nuit en moyenne, en dessous des 7 heures recommandées./

Les Français ont perdu entre 1 heure et 1 h 30 en 50 ans, selon une étude de Santé Publique France. Bruit, écrans, pollution lumineuse etc., expliquent entre autres ce phénomène.

Sept heures, au moins, de sommeil. C’est en tout cas ce que recommandent les autorités de santé. Car au même titre qu’une alimentation saine ou la pratique régulière d’une activité physique, une bonne nuit de sommeil est indispensable pour être en bonne santé. Mais selon le baromètre de Santé Publique France publié dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire hier, les Français dorment désormais moins de sept heures par nuit. 6 h 42 exactement, contre 7 h 09 en 2010, selon une précédente enquête. Pour cette étude, 12 637 personnes de 18 à 75 ont été interrogées par téléphone.

Or, soulignent le spécialiste du sommeil Damien Léger et le directeur général de Santé publique France François Bourdillon, «dormir moins de six heures par jour expose à un risque plus élevé d’obésité, de diabète de type 2, d’hypertension, de pathologies cardiaques et d’accidents.» De plus, cela «réduit aussi la vigilance dans la journée, augmente l’irritabilité et perturbe les relations familiales ainsi que la qualité de vie et de travail».

Autre signe de préoccupation, la proportion croissante des «courts dormeurs», ceux qui dorment moins de 6 heures chaque nuit. Ils représentent désormais 35,9 % des personnes interrogées.

Les raisons invoquées de cette perte de sommeil par les spécialistes de Santé publique France sont nombreuses. En premier lieu, le travail de nuit est pointé du doigt. Les travailleurs de nuit dorment en moyenne 1 heure de moins que les travailleurs de jour, soit une nuit de moins par semaine, soit «40 nuits de moins par an». Et le nombre de travailleurs de nuit ne cesse de croître, passant de 15 % de la population active en 1990 à 16,3 % en 2013, soit 4,3 millions de travailleurs.

Des écrans omniprésents

Les trajets domicile/travail qui s’allongent dans les métropoles, ou pour les habitants des zones rurales partant de plus en plus tôt et rentrant de plus en plus tard, grignotent aussi sur le temps de sommeil.

Smartphones, tablettes, ordinateurs, ces écrans omniprésents dans la vie de tous les jours sont une autre cause de cette perte de sommeil.

Enfin, le bruit, reconnu comme l’un des premiers perturbateurs, peut justifier ce manque de sommeil. Les bruits des avions, des deux-roues ou des terrasses de café devenues espaces fumeurs etc., associés parfois à la pollution lumineuse des villes de plus en plus éclairées, sont régulièrement cités comme perturbateurs de sommeil.


N’hésitez pas à faire la sieste

Pas d’inquiétude, pour remédier à cette perte de sommeil, des solutions existent. Et en premier lieu, ne pas hésiter à faire une sieste, recommande Santé Publique France. Un somme de 20 à 30 minutes aura des effets bénéfiques et positifs. Il est également recommandé d’essayer d’étendre ses heures de sommeil habituelles, notamment si l’on doit faire face ensuite à des périodes difficiles de travail, d’examen, de voyage. Pratiquer une activité physique ou améliorer son alimentation permet également d’améliorer le sommeil.


«Éviter le travail et les écrans avant de se coucher», conseillent les spécialistes

Comment expliquez-vous que les Français dorment aujourd’hui moins de sept heures par nuit ?

Ce sont des modifications comportementales qui ont entraîné cette diminution de temps de sommeil. Il n’y a pas eu de modification de l’organisme en l’espace d’une vingtaine d’années qui expliquerait cette baisse du temps de sommeil. Par exemple, la recherche de performance permanente au travail, le fait d’être régulièrement devant des écrans, la journée et surtout le soir, entraînent une modification des habitudes de coucher et du lever et provoquent une restriction du temps de sommeil. Et ceci s’observe encore plus chez les jeunes générations.

Que peut-on faire au quotidien pour améliorer la qualité de son sommeil ?

Il existe des solutions au niveau comportemental. À savoir arrêter tout travail intense ou intellectuel au moins deux heures avant l’heure de coucher, avoir des activités calmes et reposantes. Et surtout, il faut essayer d’avoir des activités loin des écrans car ils produisent une lumière bleue et cette lumière va modifier la sécrétion de mélatonine et sa libération la nuit.

À Toulouse aussi, cette problématique de baisse du temps de sommeil est présente ?

Ici, nous sommes confrontés à beaucoup de demandes de consultation pour insomnies. Ce sont des gens qui ont un sommeil insuffisant en quantité et en qualité. La première chose que l’on rappelle ce sont les règles simples d’hygiène du sommeil : se coucher quand l’organisme montre des signes de fatigue, avoir une température fraîche dans la chambre, soit moins de 19°, être loin des écrans lorsque l’on se couche et privilégier la lecture, éviter de regarder l’heure lorsque l’on se couche et lorsque l’on se réveille dans la nuit. Avec ça, vous avez déjà de bonnes règles pour améliorer la qualité de votre sommeil. Et bien sûr en journée, il faut avoir une activité en extérieur, et avoir régulièrement une activité physique.

Neurologue, spécialiste et responsable de l’unité du sommeil au sein du CHU de Toulouse , Rachel Debs

Léo Couffin