Kenya-Éthiopie : un nouveau partenariat économique mis en œuvre

Afrique

Uhuru Kenyatta et Abiy Ahmed le 2 mars 2019.

Longtemps laissés de côté, les échanges commerciaux entre les deux puissances économiques est-africaines sont en passe d’être redynamisés.

Ce week-end, Uhuru Kenyatta et Abiy Ahmed ont posé les bases d’une plus grande proximité économique. Durant deux jours, soit le temps d’une rapide visite officielle du chef d’État kényan en Éthiopie, les deux dirigeants ont délivré les pistes de collaboration dans le cadre d’un Forum sur le commerce et l’investissement entre les deux pays. Objectif : remettre sur pied un partenariat lymphatique, alors même que les deux voisins comptent aujourd’hui parmi les plus grandes puissances du continent.

En effet, le potentiel est là : avec 6 % de croissance annuelle, l’Afrique de l’Est est la région la plus dynamique du continent d’après des chiffres de la Banque mondiale. La zone compte d’ailleurs aujourd’hui un marché de consommation de 457 millions de personnes. D’ici à 2050, après des années de baby-boom, le chiffre s’élèvera à 800 millions. Et pourtant, les échanges entre les deux lions de la région sont minces : leur volume n’atteint que 8 millions de dollars par an.

Plusieurs projets pour faire la différence

Pour inverser la tendance, Uhuru Kenyatta et Abiy Ahmed misent sur plusieurs projets. À commencer par la relance de la zone de libre-échange de Moyale. Située à la frontière entre les deux pays, la ville possède déjà un guichet unique, rendu possible par un accord signé entre le Kenya et l’Éthiopie en 2012. Située sur la route reliant Nairobi à Addis- Abeba, la réalisation d’une véritable zone de libre-échange constitue le point de départ d’un partenariat économique plus fluide.

« Notre collaboration renforcée dans le commerce et les investissements transfrontaliers est cruciale pour le développement global. À la lumière de cela, nous devons accélérer les projets visant à transformer la région de Moyale en un centre économique de l’Afrique de l’Est administré de manière commune », a déclaré Abiy Ahmed. Le président Uhuru Kenyatta a estimé quant à lui que la nouvelle zone « créera également d’énormes possibilités d’emploi pour [les] jeunes citoyens ».

Remise en marche du Lapsset

Autre dossier en sommeil depuis quelques années, le « Lamu Port Southern Sudan-Ethiopia Transport Corridor », ou Lapsset. Le mégaprojet comprend le développement du port de Lamu, au Kenya, qui pourrait devenir à terme le plus grand port d’Afrique de l’Est. Avec le Lapsset, la future mégalopole constituerait également le point d’arrivée d’un pipeline de plus de 1 500 kilomètres de long, doublé d’une autoroute et d’un chemin de fer qui partiraient du Soudan du Sud et d’Éthiopie. D’un coût total de 26 milliards de dollars, le projet a jusqu’ici été laissé en suspens. Explication : des désaccords autour de son tracé, remis en cause par l’Ouganda, et des batailles entre les différentes compagnies pétrolières – Total, la firme britannique Tullow Oil et la chinoise CNOOC – amenées à tirer profit du futur pipeline. Une situation que comptent bien régler les deux dirigeants en relançant le projet. « Le Kenya et l’Éthiopie ont décidé de s’associer pour développer des projets d’infrastructures de premier ordre, reliant nos grandes nations et le continent. J’entends par là le projet Lapsset, auquel le Kenya est toujours pleinement attaché », a fait savoir Uhuru Kenyatta.

 

Faire participer le secteur privé

Si le chef de l’État a salué ces deux projets de collaboration, il n’en oublie pas moins ses propres ambitions. En effet, depuis sa réélection en août 2017, Uhuru Kenyatta s’affaire à financer le « Big Four ». Ce plan, qui nécessite de lourds investissements du secteur privé, vise notamment à garantir l’accès aux services médicaux pour tous les Kényans et à créer au moins 800 000 nouveaux emplois pour les jeunes dans le secteur manufacturier. Il vise également à améliorer la production alimentaire et la construction d’au moins 500 000 logements abordables dans les grands centres urbains tels que Nairobi, Mombasa, Kisumu, Nakuru et Eldoret. Chez son voisin, le président a donc lancé un appel du pied aux investisseurs éthiopiens, lors d’une réunion dédiée.

Côté éthiopien, Abiy Ahmed a souligné le rôle significatif que pourrait jouer le secteur privé dans la redynamisation du partenariat avec le Kenya. Les secteurs-clés d’après lui : « l’énergie et l’aviation ». « Les entreprises kényanes ont désormais de larges possibilités d’investissement dans ces domaines », a-t-il rappelé. Les secteurs de « la transformation agro-alimentaire » et de « la fabrication de textiles et de vêtements » ont également été cités par le Premier ministre, comme autant de trajectoires à explorer pour enfin faire du partenariat avec le Kenya une réalité.

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