Dette : pas de risque systémique pour l’Afrique mais

Afrique

La question de la dette africaine est encore posée, mais pour la BAD il serait exagéré de parler de crise.

Dans son observation méticuleuse de la dette du continent, la Banque africaine de développement en appelle à la vigilance en raison de la situation quasi intenable de certains pays.

Algérie  Cap Vert

Vigie de l’économie africaine en plusieurs domaines, la Banque africaine de développement (BAD) donne à comprendre les réalités économiques à travers son rapport « Perspectives économiques en Afrique » publié chaque année. Dans son édition de 2019, elle s’est particulièrement penchée sur la question de la dette. Son constat : si certains pays étaient devenus plus vulnérables du fait de leur dette, on ne peut pas dire que le continent soit exposé à un risque systémique de crise de la dette causée par les emprunts étrangers. Cela ne l’empêche cependant pas de prévenir : « Dans certains pays, la situation de la dette est devenue intenable, ce qui exige une action urgente, dont la portée et les modalités dépendent du diagnostic précis des sources de surendettement. » Selon la Pana, le bailleur de fonds pour le développement basé à Abidjan, a cependant félicité les pays pour avoir amélioré la gestion de leurs économies nationales. Cela l’a d’ailleurs conduit à indiquer que c’est cela qui a permis à plusieurs d’entre eux d’accéder aux marchés de la dette extérieure afin de lever des fonds pour des investissements publics, excluant une crise de la dette extérieure.

Éléments d’explication

Selon le Dr Hanan Morsy, directeur des prévisions macro-économiques de la BAD, « le passage à la dette commerciale en Afrique est dû à l’amélioration de la capacité de la plupart des pays à gérer leurs économies. En outre, les taux d’intérêt ont également été normalisés dans la plupart des pays ». Et de constater que la plupart des pays sont entrés sur le marché international de la dette en émettant des obligations souveraines, une autre source d’emprunt diversifié en dehors des marchés intérieurs, qui, auparavant, mettaient les autres créanciers hors jeu, les banques et les grands financiers préférant prêter aux gouvernements à de faibles taux d’intérêt. Selon la Pana, si l’on en croit la BAD, en 2017, le ratio dette intérieure brute/produit intérieur brut a atteint 53 % en Afrique. Six pays – dont l’Algérie, le Cap-Vert, le Congo, l’Égypte, l’Érythrée, le Mozambique et le Soudan – avaient un ratio d’endettement de 100 % du PIB, tandis que les autres pays – l’Algérie, le Botswana, le Burkina Faso et le Mali –faisaient partie des seize pays ayant un ratio d’endettement inférieur à 40 % du PIB.

Situation relativement assainie

Au regard de ses constats dans ses « Perspectives économiques », la BAD donne à voir que, entre 2016 et 2018, plusieurs pays sont parvenus à l’assainissement financier en augmentant le recouvrement des recettes fiscales et en réduisant les dépenses publiques. L’augmentation des améliorations est attribuable à la hausse des prix des produits de base à l’échelle internationale, à l’accroissement de la croissance économique et à l’amélioration de la perception des recettes intérieures. Dans le même temps, les apports étrangers en Afrique ont augmenté pour atteindre 193,7 milliards de dollars en 2017, contre 170,8 milliards de dollars en 2017. Sur un autre plan, celui des entrées de capitaux étrangers en provenance de la diaspora, des citoyens africains vivant et travaillant à l’étranger, ils ont augmenté de façon spectaculaire pour atteindre 69 milliards de dollars américains en 2017, soit près du double de la taille des investissements de portefeuille.

Bémol important dans ce décor positif : les investissements étrangers directs en Afrique ont reculé, passant d’un sommet de 58 milliards de dollars en 2008 à 41,8 milliards de dollars, en raison de la crise financière mondiale.

MALICK DIAWARA