Un virage économique pour éviter le cercle vicieux de la stagnation séculaire au Sénégal en 2019.

Sénégal

Le ministre de l’Economie et des Finances a admis mi-novembre 2018 la tension budgétaire actuelle soulignée par les institutions internationales et des économistes. Nous proposons dans cette note une piste d’ajustement économique dans une approche macro-économique pour y remédier de manière proactive.

L’examen actuel par l’Assemblée Nationale de la Loi de Finances 2019 offre une fenêtre de tir intéressante pour participer au débat actuel sur la tension budgétaire admise par les autorités pour la fin de l’année 2018, estimée par la Banque Mondiale « un peu plus de 100 milliards de F CFA » pour boucler l’année selon les prévisions initiales.

La science macro-économique nous enseigne que la sincérité d’un budget se mesure de son équilibre l’aune autour des métriques de la comptabilité publique et de sa soutenabilité. En effet, le compte de dépenses et de recettes du budget de l’exercice s’analyse en s’intéressant d’une part au déficit ou l’excédent global, y compris le service de la dette ; d’autre part en prenant en compte le flux annuel du stock de dette souveraine et la monétisation dudit déficit public par la banque centrale.

Le choix du modèle économique est dès lors d’une extrême importance, si tant est que l’objectif global est l’éradication de la pauvreté. La littérature économique dans sa tentative de compréhension de cette finalité politique a émis plusieurs concepts, notamment l’économie duale et le surplus de chômage de Lewis, le capital humain de Schultz, la théorie des stades de développement et le décollage/rattrapage de Gerschenkron et Rostow et le structuralisme de Seer, Prebish et Hirschmann, etc

Les limites du Plan Sénégal Emergent (PSE) pour raboter la pauvreté sont contenues dans son schéma économique de financement par un endettement massif étranger (près de 6000 milliards de F CFA selon la Conférence de Paris de la phase 1). En effet, l’approche de ce plan est celle d’un soutien à une politique de l’offre adossée à un financement massif pour résorber le gap infrastructurel, qui selon la théorie néo-keynésienne du « Trickle Down » (ruisselage), devrait profiter à la population au bout du tuyau ! C’est ce modèle économique qui est la trame du PSE et qui a apporté ces 3 dernières années les taux de croissance du PIB supérieurs à 6%.

Justement, cette croissance a ses déterminants trop axés sur les services, comme en témoigne l’année 2017 où avec un taux de croissance de 6,5%, la contribution du secteur tertiaire était de 4,5 en points de croissance, soit les 2/3. Pour rappel en 2017, le poids relatif du secteur primaire, qui emploie plus de 50% de la population active, est de 14,4% du Pib, tandis que les secteurs secondaire et tertiaire représentent respectivement 21,7% et 63,9%.

Ainsi, le modèle actuel de l’économie sénégalaise fabrique depuis plusieurs années d’une part du déficit courant imputable au fait que les services sont faiblement exportables ; d’autre part de l’inflation importée issue de la combinaison d’une productivité́ agricole trop molle et d’une forte demande de produits alimentaires. C’est cela le lien entre le déséquilibre structurel de la politique budgétaire qui a engendré la tension de trésorerie et la politique économique menée.

Par ailleurs, la faible productivité́ de l’agriculture, qui entraine une lente absorption de la main d’œuvre dans les zones rurales, génère une hausse des inégalités de revenus et perpétue les déficits publics, tout en favorisant une contre-gentrification des zones périurbaines. L’Etat, en tentant de compenser la hausse des inégalités de revenus, crée un modèle de l’assistanat, où la productivité des employés et surtout la compétitivité des entreprises sont largement en-deçà de la performance attendue.

Du côté du financement de l’économie réelle, le système financier domestique consacre de plus en plus de ressources au financement du déficit public par l’achat massif des titres obligataires (bons et obligations de l’Etat), de sorte que le financement des investissements lourds est en partie contraint par la disponibilité́ de l’épargne extérieure. En effet, l’arbitrage de taux est une activité de spéculation très lucrative à laquelle s’adonnent les banques pour accroitre leur PNB sans supporter les risques d’orienter l’épargne vers des investissements rentables au plus grand nombre, tout en offrant aux épargnants une liquidité́ élevée. Le risque qui s’en suit, c’est la création de « Lazy Banks », des banques paresseuses, ce qui accentue les effets d’éviction sur l’investissement pour répondre aux besoins de financements des PME/PMI et des privés.

L’addition des biais de la politique économique choisie et du système financier actuel traduit la tension de trésorerie budgétaire politique budgétaire que nous vivons en ce moment. Il s’agira désormais, sur le plan économique, de mettre l’accent non seulement sur le taux de croissance mais encore sur le type de croissance. Cela appelle dès lors une réflexion et des propositions pour un rééquilibrage autour du soutien à une politique de la demande pour une croissance soutenue, durable et, in fine, inclusive. La croissance inclusive peut ainsi s’articuler autour de trois piliers : une croissance reposant sur une base large d’acteurs locaux, une forte création d’emplois productifs et une attention portée aux groupes défavorisés (jeunes, femmes et populations rurales).

Seydina NDIAYE