Tout ce qu’Emmanuel Macron va devoir faire pour rapprocher l’Afrique de l’Europe

Monde

Lors de la Conférence des Ambassadeurs, Emmanuel Macron a eu un discours amical envers l’Afrique: sans complaisance mais avec un profond respect.

« Ce n’est pas une crise migratoire mais une crise politique »! C’est en ces termes que le président de la République a souhaité répondre aux propospulismes wauquieziens de ce week-end où l' »immigration de masse » servit de muleta à une surenchère verbale qui n’a de hauteur que l’altitude du Mont Mézenc.

Je souscris pleinement à l’analyse faite par Emmanuel Macron à l’occasion de la Conférence des Ambassadeurs. L’Europe connaît une crise politique liée à la question migratoire qu’elle ne parvient pas à aborder avec toute la solidarité nécessaire. Il est utile de rappeler, car tous n’ont pas le même sens de la vérité, que les Africains migrent majoritairement à l’interne du continent africain et que ce ne sont pas les quelques 250 réfugiés accueillis cet été sur le sol français qui mettent en péril les grands équilibres de notre identité nationale.

Le Président en a appelé au discours de Soljenitsyne à Harvard sur « le déclin du courage ». Prononcé à la fin du siècle dernier, son acuité intellectuelle n’en ôte pas moins le caractère actuel. Sa conclusion est sans appel: « Le monde, aujourd’hui, est à la veille sinon de sa propre perte, du moins d’un tournant de l’Histoire qui ne le cède en rien en importance au tournant du Moyen Âge sur la Renaissance: ce tournant exigera de nous une flamme spirituelle, une montée vers une nouvelle hauteur de vues, vers un nouveau mode de vie où ne sera plus livrée à la malédiction, comme au Moyen Âge, notre nature physique, mais où ne sera pas non plus foulée aux pieds, comme dans l’ère moderne, notre nature spirituelle. Cette montée est comparable au passage à un nouveau degré anthropologique. Personne, sur la Terre, n’a d’autre issue que d’aller toujours plus haut ».

Et il ne suffit pas de marcher dans le Massif Central pour prendre de la hauteur de vues!

Comme l’année dernière, j’ai été convaincu par le discours lucide sur l’état de l’Europe et de l’International de ce jeune Président qui peine pourtant à convaincre sur le bienfondé de sa politique intérieure. Sa vision africaine est empreinte de lucidité et de franchise. Il est vraiment l’ami des Africains en ce sens où l’ami vrai est celui qui peut tout dire, sans complaisance aucune mais dans le respect de l’autre.

Il est pleinement de son temps, c’est-à-dire un temps qui connait notre Histoire commune mais qui ne l’a pas vécue et qui donc peut s’en dégager plus facilement pour envisager un avenir renouvelé, sans tabous et sans complexes. Je l’ai entendu au Nigeria parler de cette « flambée » démographique caractéristique de l’Afrique contemporaine, qui pour lui est davantage subie que voulue par les femmes. Et donc de plaider et de donner les moyens supplémentaires pour l’éducation des jeunes filles.

Si l’Afrique est le continent le plus voisin de l’Europe, il est sans doute le plus méconnu dans l’imaginaire des Européens. Et ce qui est vrai pour nous, l’est sans doute aussi pour les Africains eux-mêmes à l’égard du continent européen.

Il est le chantre d’une conversion des regards des Français et des Européens sur l’Afrique et les Africains. Pour la grande majorité de nos compatriotes mais aussi des plus hauts responsables de nos exécutifs territoriaux, l’Africain se résume au candidat à la migration en Europe. Pour le Président d’un Département, la figure emblématique est celle du migrant mineur dont on n’est pas toujours certain de la minorité et qui vient « plomber » les moyens d’action des politiques publiques en faveur de la protection de l’enfance.

Si l’Afrique est le continent le plus voisin de l’Europe, il est sans doute le plus méconnu dans l’imaginaire des Européens. Et ce qui est vrai pour nous, l’est sans doute aussi pour les Africains eux-mêmes à l’égard du continent européen. Gageons que l’année 2020 au cours de laquelle l’Afrique sera mise à l’honneur en France à travers la « saison des cultures africaines » nous permettra de dissiper des malentendus et de rétablir des vérités.

Le monde n’a jamais été aussi compliqué et dangereux qu’aujourd’hui depuis la fin de la Guerre Froide. Nous avons vécu trop longtemps sur des schémas que nous croyions éternels en raison d’une paix jamais éprouvée dans la durée aussi longtemps en Europe. Je cautionne la volonté d’Emmanuel Macron de revisiter les vieux logiciels diplomatiques et politiques de la gouvernance internationale, en tenant compte de la nouvelle donne géopolitique sans pour autant varier sur nos principes universels mais aussi sur l’intérêt supérieur de la France.

L’ordre ancien est en crise. Il faut humaniser la mondialisation qui, pour beaucoup trop de personnes, est synonyme de déclassement social et professionnel, de catastrophe climatique et environnementale.

L’Europe des cercles ou « à plusieurs vitesses » est une réalité qu’il convient de reconnaitre tout comme la nécessité de partenariats spécifiques avec nos voisins turcs ou russes. Ce n’est ni plus ni moins que l’Europe de l’Atlantique à l’Oural. Une Europe d’autant plus souveraine qu’elle respecte la volonté des peuples sans pour autant ne rien perdre de son unité géographique. En cela le pragmatisme doit être la règle commune et les alliances tactiques et stratégiques, de circonstance.

L’ordre ancien est en crise. Il faut humaniser la mondialisation qui, pour beaucoup trop de personnes, est synonyme de déclassement social et professionnel, de catastrophe climatique et environnementale. Face à la volonté unilatéraliste d’un Donald Trump, la vieille Europe doit se réinventer et continuer de parler au monde, à tout le monde et avec tout le monde.

C’est le sens de notre diplomatie « urbi et orbi ». La Conférence des Ambassadeurs est une belle occasion pour rendre hommage à nos diplomates qui, à travers le monde, servent l’intérêt de la France et des Français, et nous font rayonner. Je les rencontre dans nos ambassades et consulats, j’apprécie leur professionnalisme. Ils font parfois beaucoup avec peu de moyens! Le monde est compliqué et dangereux, raison de plus pour poser des constats lucides et objectifs, pour prendre de cette hauteur de vues à laquelle nous invitait Soljénitsyne et combattre sans relâche les déclinistes du courage de tous poils!