MAGAL 2018 AU SENEGAL

Sénégal

La foi à l’épreuve de la dengue

Tel un champ magnétique, la ville sainte de Touba est, en l’espace de quelques jours, le pôle d’attraction, mais aussi de communion entre des centaines de milliers de pèlerins venus des quatre coins du Sénégal et au-delà, pour prendre part au Grand Magal. Pour rappel, ce rassemblement annuel de la confrérie des Mourides, célèbre le départ en exil, de Cheikh Ahmadou Bamba, le fondateur du mouridisme. Quelque quarante-huit heures durant, ce sera donc le grand rush vers Touba qui s’emploiera, comme elle a toujours su bien le faire par le passé, à se montrer à la hauteur de l’événement pour le raffermissement de la foi et pour la Gloire d’Allah.  Mais à la différence des années précédentes, le présent Magal enregistre une invitée-surprise et pas la bienvenue : la redoutable et très redoutée maladie de la dengue.  Dans un contexte aussi délicat, la foi du pèlerin de Touba sera-t-elle pour autant affectée ? En tout cas, le moins que l’on puisse dire c’est que sa foi est à l’épreuve de la maladie !  Mais tout laisse penser qu’il reste droit dans ses babouches et que ce n’est pas un méchant insecte, fût-il appelé Tigre, qui refreinera son élan dans sa quête et sa soif d’«Allah ». Qu’on en juge par le flot impressionnant de pèlerins qui n’ont pas un seul instant hésité à faire le déplacement de la Grande Mosquée. Une chose est sûre : la foi inébranlable en Allah, aura grandement contribué à cette forte mobilisation.  On peut donc conclure que face aux « dingues » d’Allah (dans le sens le plus noble du terme), la dengue n’aura pas le dernier mot !   Ce faisant, elle n’aura pas été un élément de dissuasion.  Mais au-delà de la foi qui aura permis d’aboutir à ce résultat, il y a la part d’actions posées par les autorités sénégalaises qui soutiennent avoir pris les dispositions nécessaires pour prémunir les pèlerins contre le mal. Même si, en la matière, force est de reconnaître qu’il n’y a jamais de risque zéro.

Les échéances électorales renforceront la particularité de ce Magal

Cela dit, un danger peut en cacher un autre. Car, à côté de la menace liée au dangereux moustique, l’éventualité d’un acte terroriste qui viendrait à gâcher la fête à Touba, n’est pas à écarter.  On sait que les ingénieurs du mal raffolent de moments pareils de grande mobilisation pour frapper fort et dans le tas, en vue de faire le plus grand nombre de victimes innocentes.  On croise donc les doigts pour que le défi de la sécurité soit relevé pendant et après ce Magal.   En tout cas, rien ne doit être laissé au hasard, même si, en la matière, le risque zéro n’existe pas non plus.

Cela dit, comme ceux qui l’ont précédé, le Magal de Touba 2018 verra accourir de grandes figures de la scène politique sénégalaise.  Ce sera l’occasion d’un ballet politique au cours duquel des responsables de partis politiques viendront s’incliner devant des guides religieux, en guise de respect voire de vénération, et demander leurs bénédictions. C’est, après tout, l’une des spécificités du Sénégal, pays fortement islamisé où la voix du leader religieux est très écoutée et a valeur d’autorité morale et politique.  Et la présence de la classe politique sénégalaise devrait être davantage remarquée d’autant que ce pèlerinage se tient à l’approche de la prochaine élection présidentielle prévue pour 2019. C’est dire si ces échéances électorales renforceront la particularité de ce Magal. Ces leaders d’opinion sont aussi pour l’establishment politique sénégalais, des voies d’accès pour atteindre des objectifs politiques.   Une pratique dont semble s’accommoder depuis toujours le Sénégal qui sait à quel point, le respect dû au Guide religieux, relève quasiment du sacré.

« Le Pays »