Livre sur le Franc CFA : Ndongo Samba Sylla et Fanny Pigeaud démystifient la monnaie «française» d’Afrique

Afrique

Dans un contexte où le débat sur la problématique du francs CFA fait est de plus en plus au devant de la scène, un nouvel ouvrage vient de paraître sur la question, intitulé «L’arme invisible de la  Françafrique : une histoire du franc CFA». La cérémonie de présentation de ce livre a eu lieu ce samedi au siège de Enda Tiers monde, à Dakar. Ce nouvel ouvrage est l’œuvre de la journaliste Fanny Bigeaud, journaliste et collaboratrice de Médiapart, et de Ndongo Samba Sylla, économiste et chercheur. Cet ouvrage essaie de déconstruire les augments de peur ou de dissuasion que défendent les partisans du francs CFA.

La littéraire sur la problématique du franc CFA vient de s’enrichir d’un nouvel ouvrage co-écrit par une journaliste et un chercheur. «L’arme invisible de la  Françafrique : une histoire du franc CFA». A travers ce livre, les deux auteurs essaient de «démystfirer» la question de cette monnaie des anciennes colonies  africaines.

Il s’agit d’une déconstruction que certaines idées des partisans du franc CFA nourrissent. Ainsi, contrairement à l’argument selon lequel le francs CFA est une question technique et qu’il faut la laisser aux techniciens, en l’occurrence aux économistes, Ndongo Samba Sylla, estime que la question du CFA est une question éminemment «politique». Dire que la problématique du franc CFA est une question technique, «c’est nous tromper», dit le chercheur.

C’est d’ailleurs à juste titre que l’ouvrage est écrit de «manière simple», «accessible» et «didactique» de sorte que les masses puissent comprendre le mécanisme par lequel la France s’enrichit sur le dos de l’Afrique.  C’est pour que, non seulement, les populations comprennent, mais aussi pour qu’elles s’engagent pour que les Etats africains prennent en mains leur souveraineté monétaire.

Aussi, Ndonga Samba Sylla et son coauteur battent en brèche l’idée que le CFA est bon parce qu’il garantit la convertibilité. «La France ne garantit pas le franc CFA parce qu’elle ne donne rien du tout», soutient Ndongo. Et puisqu’elle ne garantit rien, le chercheur propose même que ce soit elle, la France qui sorte de la zone franc et laisse les Etats africains définir leur politique monétaire.

Méfiance à l’endroit de la monnaie unique à la place du CFA                              

Tout en dénonçant le franc CFA, M. Sylla estime qu’à l’état actuel des choses, remplacer le franc CFA par une monnaie unique de la CEDEAO est prématurée.  Les conditions ne sont pas réunies. Pour lui, il faut que chaque Etat membre de la zone franc, ait sa monnaie nationale souveraine, sa banque centrale, entre autres instruments de la politique monétaire et à partir de cette autonomie, l’on pourra aller plus facilement vers une monnaie unique de la Cedeao. Il aurait été plus facile d’aller vers cette monnaie unique, si la CEDEAO était une fédération. Ce qui n’est pas le cas.

Pour Mamadou Koulibaly, ancien ministre ivoirien de l’Economie et des finances qui a co-présenté l’ouvrage, la France a mis les Etats ensemble dans un ensemble (zone franc) pour mieux les exploiter.

A travers le franc CFA, la France commerce avec les pays dans la «multilatéralité» qui lui est profitable, mais ne profite pas aux Etats africains.  Se fondant sur le livre des Fanny Bigeaud et Ndongo Samba, M. Koulibaly soutient que la supposée convertibilité de la France pour le CFA est une illusion ou «une escroquerie». Par ailleurs, «rien n’oblige les pays d’être d’accord avant de sortir du franc CFA. Individuellement, les pays peuvent quitter la zone » selon les statuts et règlements, indique Mamadou Koulibaly toujours en se fondant sur le livre.

Alors que la commission de la CEDEAO vient de lancer, un concours, début novembre, pour trouver le nom et le logo de la future monnaie, Mamadou Koulibaly,  pense que des étapes premières ont été brûlées. Il y a des questions préalables comme la gestion de cette monnaie, sa valeur et sa convertibilité aux autres monnaies, le lieu de sa fabrication sur le continent, etc. qui ne sont pas encore régalés. Le livre est en vente dans les librairies à Dakar.

Noël SAMBOU

Originally posted 2018-11-12 10:55:09.