Les médias en Afrique depuis les indépendances : Bilan, enjeux et Perspectives

Sénégal

Sous la direction de Ndiaga Loum et Ibrahima Sarr,  différents intervenants de l’ouvrage collectif issu du colloque organisé dans le cadre du cinquantenaire du Centre d’Études des Sciences et Techniques de l’Information (Cesti) scrutent la question des médias en Afrique. Cela va de l’imprimerie introduite en Egypte par le général Bonaparte en 1798, jusqu’à la place et le rôle des médias dans le continent, en passant par l’apport de la presse à « l’ouverture démocratique » de même que le bilan et les perspectives de la régulation de la presse. Sont aussi abordés la problématique de la formation des journalistes et les enjeux liés aux médias sociaux en Afrique.

Bien garnie en documentation institutionnelle et en littérature, cette production de haute facture sillonne l’Afrique francophone, de la période coloniale aux indépendances. Elle s’intéresse aussi à l’époque du parti unique, non sans manquer d’analyser l’avènement du « printemps politique africain » et la fin du monopole de l’État sur les médias.
Les contributions des uns et des autres reviennent largement sur l’apport des « anciens médias », à savoir la télévision, la radio, les quotidiens et les « nouveaux médias », en l’occurrence les médias sociaux et plus particulièrement Facebook dans la construction et la consolidation de la démocratie.

Cet apport des médias consacre une large fenêtre au Sénégal avec le rôle joué par la presse et en particulier par la radio lors de la première Alternance politique en 2000, avec l’émergence d’une presse privée dynamique et professionnelle. Avec un survol de l’espace médiatique sénégalais sous la présidence de Senghor, Diouf et Me Wade et les rapports entretenus entre les politiques et le « quatrième pouvoir », aussi bien les médias privés que les médias d’État entre coexistence pacifique, relations heurtées, tentatives d’intimidation et de musèlement de la presse.

Si, au Sénégal,« l’ouverture démocratique » a permis à la presse de participer à la construction et à la consolidation de la démocratie de manière positive, sous d’autres cieux, cette ouverture semble avoir soulevé un débat ethnique qui pourrait nuire au vivre ensemble dans un pays comme le Cameroun dans les années 1990.

A en croire la contribution d’Alexis Tcheuyap, le « ton de la presse camerounaise au quotidien peut étonner » du fait des acteurs qui incarnent cette presse mais aussi des propos tenus à l’encontre de certains groupes ethniques dans les médias d’État comme privés, au point qu’il redoute le scénario rwandais pour son pays et qu’il se demande si la presse ne peut pas être un obstacle à la démocratie.

La « révolution » tunisienne de janvier 2011 pose dans ce pays la problématique de la régulation des médias dans les « méandres politico-médiatiques » post Ben Ali mais aussi les nouveaux défis des médias de service public et leurs mutations technologiques et commerciales. En outre, la réflexionest posée sur « l’objectivité du journaliste dans une perspective postcoloniale dans la formation journalistique » d’une part et le rôle dévolu aux journalistes et aux médias dans un contexte tunisien post-Révolution d’autre part, pour appuyer le « processus de démocratisation», d’où l’apport de Hamida El Bour sur la formation, les représentations et les pratiques du «journaliste d’investigation».

Internet et les réseaux sociaux ayant profondément bouleversé les règles et pratiques journalistiques, voilà qu’au Sénégal, avec l’arrivée d’internet en 1996, la presse « traditionnelle » est bousculée au profit des promoteurs de la presse en ligne. Or, le développement de l’internet au Sénégal offre aux journalistes un contexte favorable pour l’exercice de leur métier, si toutefois, les groupes de presse traditionnels comprennent qu’avec internet, c’est une nouvelle ère qui s’ouvre et qui marque « la fin du journalisme tel qu’il a été vécu jusqu’ici ».

Pour finir, il est question de montrer l’apport des technologies numériques dans la performance des apprenants avec comme cas d’étude le réseau social Facebook qui participe à une forme de co-construction de savoirs chez les étudiants, du fait des nombreuses possibilités offertes par les Tic.