Le «mobile money» et le défi de l’universalité en Afrique

Afrique

Dix ans après le lancement du « mobile money », l’Afrique est devenu le laboratoire mondial de cette technologie qui a bouleversé les habitudes des consommateurs et des entreprises. Aujourd’hui la technologie arrive à un point de rupture. Deux innovations majeures sont en train d’arriver, l’interopérabilité et le crédit au consommateur.

Le « mobile money » est une révolution africaine, mais pas encore panafricaine. On ne peut échanger de l’argent virtuel qu’entre abonnés d’un même réseau téléphonique.

« Aujourd’hui quand vous payez avec votre carte, vous ne vous demandez pas si votre carte va être acceptée ou pas, pointe Patrick Roussel, responsable des services financiers chez Orange-Afrique. Eh bien dans l’immense majorité des cas en Afrique, quand vous êtes avec voter walet (portefeuille NDLR) de « mobile money » vous avez 99,9% de chances de ne pas pouvoir faire les opérations universelles, à l’exception de deux pays, Madagascar et la Tanzanie. »

Orange-Afrique s’est donc associé au sud-africain MTN pour remédier à ce handicap. Ensemble, ils ont créé Mowali, une plateforme technique rendant possible l’interopérabilité. Elle est ouverte aux 135 services de « mobile money » recensés en Afrique.

« Par nature Mowali est d’abord une solution technique ouverte. Elle repose sur une plateforme open-source. Elle est ouverte à tous les opérateurs de « mobile money », mais elle est également ouverte par principe à celles et ceux des opérateurs de « mobile money » qui voudraient rejoindre les opérateurs Orange et MTN au capital de la société. Comme ça l’est par exemple dans les grands consortiums d’infrastructures. Les télécoms, les satellites ou les sous-marins. Donc c’est le même esprit qui prévaut sur cette initiative industrielle. »

De l’avis des experts l’interopérabilité va démultiplier la circulation monétaire à l’échelle du continent et donner un coup de fouet au développement des économies. L’autre étape importante franchie cette année, c’est l’octroi de crédit par « mobile money », micro ou pico crédit. Le manque de crédit en Afrique est un véritable frein économique. Les portefeuilles virtuels permettent aux opérateurs de repérer les utilisateurs solvables.

« Les outils qui sont en train d’arriver sont plus liés à l’épargne et au crédit, explique Omar Cissé PDG d’In Touch, une société sénégalaise de services financiers. Car de plus en plus les utilisateurs vont être connus. Ils vont être « scorés ». Et cela va forcément développer l’octroi de crédit, accélérer la bancarisation, et globalement le développement de l’activité économique en Afrique. »

Le potentiel économique du « mobile money » n’en est encore qu’à ses débuts. Mais d’ores et déjà le capitalisme africain ne peut plus s’en passer.