Fermeture de l’UCAD : Pourquoi la décision est impertinente ?

Janvier, c’est finalement le mois que l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) va rouvrir ses portes afin de permettre aux étudiants de reprendre leurs cours. Une décision de la direction du temple universitaire qui passe mal comme un pilule amère au niveau des étudiants et même du personnel enseignant.

Ayant passé plus de cinq mois loin des amphithéâtres et sans faire cours, les étudiants réclament la réouverture de leurs campus. Pour cela, ils se sont engagés dans une lutte qui s’intensifie de jour en jour et le mot d’ordre est «Pas d’enseignement sur l’étendue du territoire sénégalais». Afin de donner de l’ampleur à leur mouvement d’humeur, les étudiants ont délogé lundi des élèves dans certaines écoles à Dakar, Ziguinchor, Diourbel, Kaolack. De leur coté, les autorités administratives et scolaires ont tenté de justifier leur décision par les travaux de rénovation entrepris dans les établissements. Peine perdue puisque les arguments sont automatiquement rejetés par les étudiants

Nous revoilà encore devant une situation de blocage qui mine les campus et au-delà menace la stabilité des autres sous-secteurs de l’Ecole sénégalaise. Mille et une interrogations subsistent encore sur l’impertinence de cette décision des dirigeants de l’Ucad. Pourtant, les travaux déclarés par les autorités administratives de l’Ucad  sont inexistants à la faculté de Droit et au Cesti (centre d’études des Sciences et techniques de l’Information), même s’ils sont bien visibles dans le campus social et au niveau du « couloir de la mort ». Dans cet axe routier très fréquenté par la communauté estudiantine, les ouvriers sont à fond dans les travaux. La voie est impraticable.

Si les autorités académiques expliquent la non-effectivité de la réouverture du campus par les saccages de certaines infrastructures de l’université, cet argument ne semble pas convaincre les universitaires. Ces derniers trouvent inacceptable ce nouveau report de la rentrée, cinq mois après la fermeture de leur université suite à des manifestations après la condamnation d’ Ousmane Sonko, début juin. Dans un communiqué, les organisations estudiantines informent avoir adopté un mot d’ordre qui ne donne aucun choix aux décideurs politiques: «Pas d’enseignement sur l’étendue du territoire sénégalais» tant que leur université reste fermée. Cette posture est une arme adoptée par les étudiants afin de pousser les autorités à «rouvrir l’Ucad incessamment, afin que les examens se tiennent et que l’année puisse être validée».

Fort de ce constat, le coordinateur des écoles et instituts de l’Ucad dit regretter ce qui se passe à l’Ucad. Pour Ibrahima Ndoye, «c’est  est inadmissible. Le 6 octobre, le conseil académique s’était réuni et avait acté la réouverture du campus pédagogique dans les meilleurs délais. Il restait au conseil d’administration, majoritairement composé d’agents du Coud, de décider de l’ouverture du campus social. À notre grande surprise, le directeur du Coud a demandé un délai de 60 jours pour effectuer des réparations et mettre en œuvre des réformes. Ce que nous jugeons anormal et irrespectueux. En près de cinq mois, ils avaient largement le temps de faire les réfections si telle est leur volonté. C’est du dilatoire et nous ne l’accepterons pas».

Pour e syndicaliste, les motifs avancés sont fallacieux et ne tiennent pas la route. Il voit derrière cette décision impetinente des raisons purement politiques alors qu’on s’approche d’une élection cruciale. «C’est en réalité pour des raisons politiciennes que les autorités veulent continuer de paralyser l’université. Quitte à sacrifier l’avenir de plus de 93 000 étudiants. Si la volonté des autorités se matérialise, l’Ucad n’ouvrira pas ses portes avant le 20 décembre. Ce sera déjà près de sept mois de fermeture pour la première université d’Afrique francophone», ajoute-t-il.

Déterminés, les étudiants, sont prêts à tout pour «paralyser le système éducatif sur l’ensemble du territoire national, de concert avec les autres universités et les présidents d’amicales locales».

En effet, avec cinq mois sans cours, les étudiantscraignent que ces deux mois encore rajoutés deviennent une durée indéterminée, si l’on sait que dans deux mois, le 20 décembre, le pays sera déjà en plein dans la précampagne électorale, avec tous les risques de tensions qui pèsent sur l’organisation de la prochaine Présidentielle. Et, le constat est général, pour de nombreux universitaires, il faut reprendre au plus vite les cours pour échapper au spectre d’une année invalide.