Au Kenya, le plus grand parc éolien d’Afrique sur orbite

Kenya

Ce projet estimé à 600 millions d’euros va permettre au pays de renforcer sa capacité de production d’électricité et de répondre à l’objectif de produire 100 % d’énergie verte d’ici à 2020.

Le plus grand parc éolien d’Afrique vient d’être inauguré sur la rive est du lac Turkana, au nord du Kenya, à la lisière de la frontière éthiopienne. Baptisé Lake Turkana Wind Power, il dispose de 365 éoliennes d’une capacité de 850 kWh chacun. Ce projet de 680 millions de dollars (600 millions d’euros) représente le plus grand investissement privé de l’histoire du Kenya. « Aujourd’hui, nous avons à nouveau haussé la barre pour le continent alors que nous inaugurons le plus grand parc éolien » d’Afrique, a déclaré le président Kenyatta. « Sans aucun doute, le Kenya est en train de devenir un leader mondial en matière d’énergie renouvelable », a-t-il ajouté au moment d’inaugurer ce projet qui a connu de nombreux contretemps, notamment lors des négociations en amont de la construction et pour la connexion du parc éolien au réseau électrique.

Une prouesse technique dans cette zone semi-désertique

Hautes de près de 50 mètres et fabriquées par le danois Vestas, elles ont été transportées par la route depuis le port de Mombasa, à quelque 1 200 kilomètres de là. Le modèle d’éolienne a été dessiné pour que ses différentes pièces puissent s’emboîter « comme des poupées russes », et ainsi faciliter leur transport, selon Vestas. Quelque 200 kilomètres de piste ont été recouverts de tarmac, permettant de réduire drastiquement la durée du trajet. Plus de 2 000 trajets ont finalement été nécessaires pour acheminer tout le matériel jusqu’au bord du lac Turkana, surnommé la « mer de Jade » pour ses célèbres reflets.

Ces éoliennes ont été spécialement conçues pour endurer les vents du « corridor du Turkana », formé par le relief et qui offre toute l’année des conditions de vent optimales. Au point d’être jusqu’à deux fois plus efficaces que pour des projets éoliens similaires en Europe et en Amérique. « C’est sans précédent, c’est un des endroits les plus venteux au monde, et ce de manière régulière », a décrit à l’AFP Rizwan Fazal, directeur exécutif du projet Lake Turkana Wind Power.

Le Kenya à la pointe dans les énergies renouvelables

La nation est-africaine a intensifié ses investissements dans les énergies renouvelables au cours des dernières années. Et fait maintenant partie des pays leaders avec un mix énergétique dans lequel environ 70 % sont fournis par des sources renouvelables telles que l’hydroélectricité et la géothermie.

La société publique d’électricité KenGen produit environ 80 % de l’électricité consommée au Kenya, dont 65 % proviennent d’hydroélectricité, qu’elle vend à Kenya Power, la principale entreprise de transport d’électricité du pays. Selon un rapport de la Banque mondiale, au moins 18 millions de Kenyans – soit un Kenyan sur quatre, principalement dans les zones rurales – n’a pas accès à l’électricité. Ceux qui disposent d’électricité doivent faire face à des coûts élevés et à des pannes fréquentes dues à des approvisionnements peu fiables. Alors qu’en 2018 le rapport sur les énergies renouvelables situait le Kenya au 9e rang mondial pour sa capacité de production d’énergie géothermique.

Un modèle économique de partenariat qui prend forme

Le LTWP du Kenya n’est pas le seul projet éolien existant sur le continent. L’Afrique dispose de parcs éoliens pleinement opérationnels au Maroc, en Éthiopie et en Afrique du Sud, fournissant une énergie durable. En Afrique du Sud, l’énergie éolienne stimule déjà l’électricité. Avec cinq parcs éoliens en place, le pays a ajouté 645,71 MW collectifs au réseau national. Et en Éthiopie, deux de ses parcs éoliens représentent 324 MW de la production totale d’électricité du pays de 4 180 MW.

Bien plus ambitieux qu’ailleurs en Afrique, ce projet éolien est suivi de très près car il est vu comme un test pour les investissements à grande échelle dans les énergies renouvelables sur le continent, où la demande en énergie est de plus en plus grande sur fond de rapides croissances économique et démographique. L’installation des éoliennes, à un rythme de plus d’une éolienne par jour, a été achevée en avance sur le planning.

Le parc éolien a été achevé en mars 2017, mais n’a pu être connecté au réseau électrique kényan que 18 mois plus tard, en septembre 2018. En cause, des problèmes dans le financement de la ligne électrique ad hoc de 428 kilomètres, ainsi que pour l’acquisition de terrains pour la construire, des responsabilités incombant à l’État. « Le parc a été construit à temps, mais on ne peut opérer le projet que si on peut amener l’énergie au client », a souligné Catherine Collin, directrice pour l’Afrique de l’Est à la Banque européenne d’investissement.

Le projet a bénéficié d’un prêt de 200 millions de dollars (178 millions d’euros) de l’Union européenne et du financement d’un consortium de sociétés européennes et africaines. « C’est clairement un jour historique », s’est lui réjoui Fazal. « Cela envoie un signal fort au sujet du Kenya : nous sommes mûrs pour des projets de cette ampleur. »

Par Le Point Afrique