Afrique. Tourner la page de la spoliation

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Le rapport qui doit être remis, vendredi, à Emmanuel Macron sur la restitution du patrimoine africain préconise le retour définitif, dans les pays d’origine, des objets issus du pillage colonial.

Dans une fable enjouée, Des lions comme des danseuses, l’écrivain Arno Bertina imaginait, il y a trois ans, une assemblée de rois bamilékés exigeant de Paris l’accès gratuit aux musées français pour les Camerounais désireux d’admirer leurs propres œuvres exposées dans les collections de l’ex-puissance coloniale. La fiction annonçait un réel plus radical : un an plus tard, le Bénin réclamait officiellement à la France le retour des objets du trésor royal d’Abomey, pillé en 1892 par les troupes du général Dodds, un butin de guerre aujourd’hui exposé au musée du quai Branly. L’Élysée enterra alors la ­demande sans circonvolutions, une conseillère de François Hollande assurant même sans rire à l’Humanité que Béhanzin, le roi du Dahomey, avait « offert son trône, son sceptre et les statues de son père et de son grand-père de façon volontaire » aux conquérants.

L’an dernier, à Ouagadougou, Emmanuel Macron rouvrait le dossier, en promettant de favoriser une plus grande « circulation » des artefacts africains pillés durant la colonisation, avec la volonté affichée de réunir, « d’ici cinq ans », les conditions nécessaires à « des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain ». Dans la foulée, une mission était confiée, en ce sens, à l’historienne de l’art Bénédicte Savoy et à l’universitaire sénégalais Felwine Sarr. Après huit mois de travail, les recommandations du rapport qu’ils doivent remettre, ce vendredi, à l’Élysée, vont beaucoup plus loin que les « restitutions temporaires » évoquées dans leur lettre de mission. Le duo préconise un retour définitif de ces trésors culturels pour tourner enfin la page d’un « système rationalisé d’exploitation patrimoniale, comparable à certains égards…